• Kayssie

L'ambivalence d'être mère




En tant que filles, nous avons toutes jouées à la poupée étant jeunes. Le réflexe de materner semble quasi instinctif et inné. Je crois qu’il ne nous quitte jamais, mais que notre cerveau d’adulte devient de plus en plus exigeant et calculateur sur la meilleure approche à adopter avec des enfants.


Un jour, la peur d’échapper un bébé naissant ou de le blesser survient, car tellement fragile et sans défense. Tu finis par rationaliser; échapper un bébé, après tout, il faudrait vraiment être malchanceux pour que ça se produise pendant que nous sommes en train de le bercer assis sur un fauteuil!


S’ajoute par la suite les nombreux scénarios reliés à nos propres compétences parentales, ainsi que des craintes de mettre au monde un petit être malade ou avec des difficultés d’apprentissage. Pour son bien-être, et pour notre quiétude d’esprit, nous voulons tellement que ce soit comme dans nos visions de la parentalité parfaite.


Personnellement, même à 33 ans, ces questionnements persistent, et le temps agit sur mon corps, que je ne le veuille ou non. Beaucoup de jeunes parents me diraient :


«Tu attends quoi?»

«C’est tellement ça le bonheur!»

«On ne connaît rien aux enfants tant qu’on ne donne pas naissance.»


Cette pression sociale est difficile parfois. Je finis par me dire que mes conseils et opinions ne valent pas grand-chose…après tout, je ne suis pas passée par là.


En acceptant progressivement que je ne sois pas mère, je tente de créer d’autres causes de bonheur. Des projets, des voyages…miser sur ma carrière. Pathétique un peu non?


En résistant à cette pression, je vis un énorme creux dans le ventre. Bien que ce ne soit pas l’unique raison, je m’inflige malgré moi une tristesse difficile à décrire lorsque je m’imagine vieillir seule. De plus, pour le temps qu’il reste à ma mère, je me verrais bien lui offrir le cadeau de devenir grand-parent.


Lorsque les effets de ma bipolarité se font ressentir davantage, je me rassure en me répétant : «Ouf, une chance que je n'en ai pas, je serais à fleur de peau et impatiente!» Je ne souhaite réellement pas faire subir quoi que ce soit de négatif à quiconque, encore moins à un enfant qui n'a rien demandé d'autre que de l'amour.


Et dès que je suis dans un état d’esprit positif, calme et confiant…je ne peux m’empêcher de me trouver plusieurs qualités et compétences qui seraient bénéfiques. Vous savez, transmettre de belles valeurs, communiquer sainement avec eux, vivre des moments de rires et de tendresse, apprendre à notre progéniture au mieux de ses capacités comment devenir un adulte épanoui, près de ses émotions et totalement libre de ses choix.


Mais…et il y a un gros mais, ce creux dans le ventre est de plus en plus intense depuis que je partage mon quotidien avec quelqu’un qui en a. Je ne peux clairement pas réagir comme si c’était les miens, par contre le cœur me brise lorsque je les entends pleurer, et il grossit lorsque la plus jeune veut que je la prenne dans mes bras, ou lorsqu'elle s'endort en un temps record quand je lui fredonne une chanson.


Ma grande spiritualité me laisse croire que ma réalité est le résultat de mes pensées, que sans doute cette voie est celle qu'il me faut. De l'autre côté, je n'ai jamais laissé la chance à un enfant de faire partie de ma vie. Pas que je les évitais, mais la contraception m'obsédait... vous savez lorsqu'on se convainc constamment que ce n'est pas le meilleur contexte, la meilleure situation financière, etc.


En fait, je n'ai pas vraiment pris le temps de créer les causes et les actions en ce sens. En écrivant ces lignes, il est encore ardu pour moi de déterminer où je me situe sur une échelle déterminant mon niveau de motivation et mon désir de donner la vie.


Ce que je sais pertinemment, par contre, est qu'il est faux de prétendre que je ne serai heureuse que si je suis mère. Être heureux se définit par la somme de nos réussites, et comment nous avons surmonté un apprentissage douloureux.


Il n'y a pas de bonne ou moins bonne réussite, seulement un sentiment puissant d'être au bon endroit en ce monde. J'ai confiance que les réponses viendront.


Kayssie

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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