• Julie

Julie, viens t'asseoir

Assise à l'ordinateur, mon conjoint me dit : "Tu viendras ici, faut que je te parle de quelque chose.". Sur le coup, je ne pense pas que ça peut être si important, je termine ce que je suis en train de faire. J'approche du divan, mon conjoint me dit : "Viens t'asseoir.". J'ai vu dans son visage. J'ai entendu le ton formel. J'ai vu que c'était sérieux. J'ai pensé; pas encore.


"Mon frère m'a écrit. Anaïs (nom fictif) a avalé une vingtaine d'Advil. On va la prendre demain, ils ne veulent pas la laisser seule."


Je me suis revue, assise au même endroit, 4 ans auparavant, la voix tremblante de la fille de ma sœur au téléphone qui m'annonce que sa mère s'est suicidée.


Ma première pensée a été pour ma belle-soeur, elle qui a un passé similaire au mien avec le suicide, j'ai tout de suite su qu'elle serait à l'envers et que ce serait un parcours difficile.


Ensuite, ma nièce. Cette enfant-ado-mini-adulte qui affronte la vie et qui n'en peut plus. À 16 ans (elle 13) je n'en pouvais plus non plus.


Mon cerveau s'active à la recherche de tout ce que je peux faire, je peux dire pour l'aider. Qu'est-ce que j'aurais voulu qu'on me dise, qu'est-ce que j'ai pu dire à ma sœur, mais qui n'a pas fonctionné.


Quand de situations graves arrivent, ma tête, mon corps se mettent en mode action. Qu'est-ce que je peux faire? Comment je peux aider? Je cherche dans ma mémoire comme les tiroirs d'archives dans les bibliothèques (référence pour les 30 ans et plus!) si j'ai des notions, connaissances applicables. Je me bloque de toute émotion, je ne veux que régler le problème, immédiatement.



Assise au même endroit je discute avec Anaïs. "Je veux que tu saches quelque chose; tu fais une différence. On est plusieurs personnes inquiètes pour toi et pour qui, si du jour au lendemain tu partais, ce serais la fin du monde. Quand moi j'ai fait ma tentative de suicide, j'étais comme toi, je n'en pouvais plus, pas de la vie, mais de souffrir. Mais surtout, je croyais que de partir ne ferait pas de différence. Je te le répète, on t'aime, on t'adore, tu fais une différence."


Je retenais mes sanglots, et je voyais bien qu'elle aussi.


C'est si jeune, 13 ans. C'est si jeune pour souffrir autant.


Julie.


BESOIN D'AIDE :

https://suicide.ca/fr/jai-besoin-daide-maintenant/communiquer-avec-un-intervenant

1-866-APPELLE (277-3553) (Association Québécoise de la Prévention du Suicide)

1-800-263-2266 (Tel-Jeunes, 20 ans et moins)

1-514-935-1105 (Tel-Aide 21 ans et plus)

1-855-272-7837 (Réseau Avant de craquer, 18-25 ans)


Pour plus de ressources : https://www.unetempetealafois.com/contact

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