• unetempetealafois

Je te pardonne

Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de beaux moments lorsque j'étais enfant, car mon cerveau a choisi volontairement d'effacer plusieurs parties de mon enfance, c'est un mécanisme de survie.


Je me souviens, lorsque j'étais petite, que je voulais souvent disparaître, que j'aurais aimé ça, faire quelque chose de bien pour une fois pour éviter de voir ton regard froid. J'aurais aimé que tu m'aimes comme les autres parents aiment leur enfant.


Tu sais, j'ai vraiment essayé te rendre fier. Je ne faisais pas exprès d'être une enfant. D'apprendre chaque jour comment vivre dans ce monde dans lequel j'ai dû devenir une adulte trop rapidement. Je ne faisais pas exprès de briser un verre, de boucher la toilette, ... Je m'excusais sans arrêt, lorsque je faisais une gaffe, je me dépêchais de ramasser avant que tu arrives, car je savais à quoi j'aurais droit.


Ce n'est pas normal de traiter son enfant comme tu m'as traitée. De me traiter de noms qu'une oreille si innocente n'aurait jamais dû entendre et pourtant, j'y ai passé. D'avoir à vivre avec des blessures sur ma peau. Malgré tout cela, je ne pouvais pas m'empêcher de t'aimer quand même et est-ce qu'on pouvait vraiment m'en vouloir? Une petite fille qui demandait simplement à son papa de l'aimer.


Lorsque j'allais chez maman, je ne lui en parlais pas. Même si elle devait bien s'en douter, car je pleurais lorsque venait le temps de retourner chez toi. Et ça te fâchait. J'avais droit à tes cris dans la voiture qui augmentait chaque fois que j'échappais un sanglot que tu considérais de trop.


Mais j'ai essayé d'en parler, plusieurs fois. Sauf que les adultes disaient que je voulais me rendre intéressante, car maman et toi veniez de vous séparer.


Ce qui m'attriste davantage, c'est que même si tu me faisais sentir comme si je n'étais pas importante, même si tu agissais comme si je méritais chaque coup, chaque insulte, j'espérais un peu plus à chaque fois que tu changerais, que tu t'excuserais. Quand tu me disais que tu m'aimais, je m'accrochais tellement fort à ces mots. Car papa, à cet âge-là, je comprenais que les autres papas n'étaient pas comme toi.


On m'a fait comprendre que ce n'était pas normal de vieillir aussi rapidement. De devoir devenir adulte en étant enfant.

J'ai travaillé vraiment fort pour ne pas être comme toi. Le savais-tu, toi, des enfants ayant été victimes de ce genre de violence ont des fortes chances de répéter les mêmes comportements? Je me suis toujours promis de ne jamais être comme ça, car malgré le besoin d'amour que j'avais envers toi, j'ai fini par y laisser place à une amertume.


Tout ce vécu a forgé la personne que je suis aujourd'hui. Cette adolescente, cette jeune femme, cette femme qui a longtemps eu peur des hommes. J'ai longtemps, et encore parfois aujourd'hui, fait des crises d'anxiété lorsqu'un homme lève le ton sur moi. J'ai remis en question chacune de ces relations, qui a été dépendante affective très longtemps. Je me suis laissée vivre toute sorte de violence, car j'ai longtemps cru que je le méritais. J'ai pris du temps à me forger une estime et une confiance en moi qui est plus solide de jour en jour.


Aujourd'hui, toutes ces années plus tard, je te pardonne. Je le fais car je ne veux plus vivre dans la peur. Je ne veux plus vivre dans la haine. Je veux pouvoir mieux vivre avec moi-même et finalement avancer dans tout ce que je fais. Car j'avais besoin de comprendre pourquoi je suis et comment je suis.


- Anonyme

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