• Chloé C.

Je pense donc je ne suis pas

Dernière mise à jour : oct. 3


4 h du matin.


L’insomnie déchire ma nuit. Elle me broie à coups de pensées intrusives. Les yeux ouverts sur un plafond lézardé, les idées persécutrices m’envahissent. J’en prends plein la gueule sans réagir. Je me tue à coup de « tu ».


« Tu aurais dû ; tu n’étais pas foutu de ; t’es juste une ci, une ça ; tu, tu, tu… “


L’angoisse, qui niche toujours plus ou moins quelque part dans ma poitrine, prend soudainement de l’expansion. L’air se raréfie. Tous mes muscles se raidissent. Des larmes coulent sans mon consentement. J’ai envie de hurler, mais il n’y a aucun son qui ne s’aventure au-delà de mes lèvres. J’écoute plutôt la voix, ma voix, qui résonne dans ma tête à coups d’insultes personnalisées. J’ai l’impression que ces dernières constituent toutes des vérités. À 100 %. Et le noir de ma chambre prend possession de mon corps. Les lumières s’éteignent complètement. C’est tellement plus facile de louper des nuances quand on manque de sommeil la nuit.


La voix se modifie et se singularise.

«Je ne vaux rien, je suis une merde, je suis grosse et laide, je fais du mal aux gens que j’aime, etc.»

Ça y est : je me suis joué le tour de l’intégration : je suis passée du «tu» au «je». L’anxiété bondit d’un cran. La douleur explose mon corps. L’option sommeil n’apparait plus au tableau, mais comment gérer la crise ?


Je me retiens de me frapper à chaque assaut de nouvelles pensées. La sueur, froide, glisse sur mon front. Mes mains moites agrippent les draps. Le faciès crispé, le cœur qui claque, les dents serrées : j’attends la nouvelle critique, la nouvelle bitcherie.


Je pourrais faire des exercices de relaxation, de pleine conscience ou me rappeler que des pensées, ne restent que des pensées : elles ne tuent pas. Il suffit de ne pas lutter et de les laisser passer. Gros défi à l’heure actuelle !



Je pourrais mettre ma musique douce pour enterrer tout ce qui m’assaille, aller prendre l’air, réveiller mon mari pour recevoir un câlin et me faire dire que ça va s’estomper. La réalité c’est que quand ça m’arrive j’oublie un peu tout ça au profit de l’intensité du moment.


Sauf que… mes pensées négatives consistent souvent en de belles grosses généralisations sans la moindre nuance. Elles contiennent peu, ou pas du tout, de vérité et elles me font très peur. De si gros mensonges que proférés par autrui, je ne les laisserais pas passer. C’est tellement insensé et méchant que si quelqu’un d’autre me disait tout ça, il pourrait être arrêté pour harcèlement, menace, menace de mort, etc. Et pourtant, moi je me profère allègrement toute cette liste d’atrocités.



Je le reconnais. Je demeure plus que sévère envers moi. Je me fais subir de la violence, une violence inouïe, à mon égard et cela devra arrêter pour que je cohabite en paix avec moi. Une part de moi devra être enchainée, mise au fer pour que l’autre subsiste. Ou non. Peut-être que celle qui gueule a simplement des choses à révéler sur moi au-delà de sa violence. Mon perfectionnisme à outrance, mon besoin d’en faire trop pour éviter d’être rejetée, la peur du regard de l’autre et que c’est ça que je devrais traiter en premier… En attendant, plusieurs moyens s’offrent à moi dont reconnaître les pensées négatives et les questionner, ne pas leur donner tout le crédit et ainsi diminuer leur degré de véracité. J’aurai certainement à plus respirer, car je sais que des zones effrayantes demeureront à traverser et surtout plus de bienveillance envers moi-même restera de mise.


En patientant, il faut quand même dormir un peu.


Chloé C.



*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.

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