• France P.

Je ne serai pas toi

Mis à jour : sept. 5

Je viens de passer le weekend chez ma mère… et je le regrette. Je n’ai jamais eu une très bonne relation avec ma mère. Pour moi, c'est ma grand-mère, ma vraie maman. Pour moi, ma mère, c’est la femme qui m'a apporté un toit, oui, mais surtout de la manipulation et aussi un dégoût ultime de moi-même. Ma mère, c’est cette personne qui m’a appris à faire des tâches ménagères et prendre soin de la maison. Elle m'a aussi appris que je n’étais pas assez belle, pas assez bien, trop grosse, trop ci, pas assez ça.


Je me souviens, en début vingtaine, j’avais coupé les ponts sous conseil de ma psychologue. J’ai eu droit à des appels à tous les jours, à des cartes par la poste, des messages pour me dire que je lui manque, quelle n’a rien fait, qu'elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas que rire de sa fille et son surpoids, ça ne se fait pas. De lui dire des « T'es grosse, t'as juste à perdre du poids pour te faire aimer », ben ça ne se dit pas à une ados de 15 ans. Que ça se fait pas de forcer une enfant de 9 ans à mettre du gel dans ses cheveux, car c’est pas beau, une petite fille les cheveux dans le visage. Ma fille déteste les cheveux attachés. Je vous dit pas la crise.


Ça ne se fait pas non plus dire à sa fille enceinte de 17 ans qu’elle a trois choix : Tu te fais avorter, tu le mets en adoption ou tu es dans la rue. Ça ne se fait pas non plus dire à sa grande de 32 ans qu'elle est en train de te faire mourir de la sclérose en plaque, car sa vie t'en fait voir de toutes les couleurs et que tu acceptes des choses qu’elle ne devrait pas accepter, parce que t'sais, toi, les transgenres, tu comprends pas. Ça ne se fait pas non plus de dire à sa fille qu'elle ne sait pas du tout comment s'y prendre avec son fils TDAH pendant qu'elle encaisse des coups de poing car ce dernier est en crise.


Je ne sais pas pour vous, mais moi, un weekend chez ma mère, c’est entendre ma mère et mon beau-père me dire tout le weekend que je ne fais rien de correct. C'est passer mon week-end à arranger ses électroniques (lui rendre service), mais qu'à chaque fois que j'essaie de parler à coeur ouvert, je finis par me faire fermer la porte en pleine face. Et je me fais dire :« Oui, mais moi, ma vie me tue. Oui, mais moi, j'ai perdu ma mère. Oui, mais moi, je suis malade.»


Tu penses quoi, au juste? Que je n'ai pas perdu ma mère, moi? Que mon père n'a pas décidé de ne plus me parler? Que je n'ai pas le deuil de mon mari et de mon frère à faire puisqu'ils sont désormais des femmes? Que je ne suis pas malade, moi, parce qu'on ne voit pas mes bibites dans ma tête?


Franchement! Tu penses que j'ai aimé ça, t'entendre rire des gens dans leur dos lorsque j'étais pus jeune? Que j'ai aimé tes jugements gratuits qui m'ont fait croire que l'être humain est méchant de nature et qu'il attend juste l'occasion parfaite pour le démontrer? Pourquoi penses-tu que je suis paranoïaque et que je ne fais confiance à personne? Parce que j'ai peur de tomber sur des visages à deux faces comme toi. Peur de tomber sur quelqu'un qui va finir par me laisser tomber car son nombril est plus important.


Tu sais maman, je me suis fait une promesse quand j’ai mis ma fille au monde. Tous les jours, elle va savoir à quel point elle est belle et bonne. À tous les jours, je vais lui dire combien je l’aime et que je suis contente de la voir. JAMAIS je ne la forcerai à mettre des vêtements qu'elle ne veut pas ou encore à faire une activité qu'elle n'aime pas. Mieux, je vais lui permettre de choisir les activités qu'elle a envie de faire. Je vais lui permettre d’être elle! Car tu vois maman, toi et papa avez fait un travail du tonnerre pour détruire ma confiance en moi. À moi maintenant de ne pas reproduire ça avec mes enfants!



Moi, face à ma mère. Seule contre plusieurs lumières.


Je jure que je vais tout faire pour ne pas être toi!

Bonne soirée,

Miss F.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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