• Julie

Je le sais que j'suis grosse!

À l'âge de 8-9 ans, je suis dans le bureau du médecin avec ma mère, et je me souviens qu'il lui demande si j'ai l'habitude de mettre du sel sur ma nourriture. Il veut savoir qu'est-ce que je mange, en quelle quantité. De retour à la maison, la seule chose que j'ai comprise de toute cette intervention, c'est que dorénavant, je ne pourrais plus mettre du sel sur mes frites ni mon pâté chinois. Je devais par contre manger plus et le lait ne goûtait plus la même chose.

Je maigrissais alors que j'étais déjà mince, presque maigre. Mes parents devaient surveiller mon poids pour s'assurer que je n'en perde pas. En 6ème année, je pesais 60 livres et je devais mesurer 5 pieds. En secondaire 1, j'en pesais 120 et mesurait 5 pieds 3 pouces. À 120 livres, j'étais enfin "normale", on arrêtait de se soucier de mon poids. À l'âge de 17 ans, j'ai commencé à prendre du depo-provera, mais sans le savoir, cette injection me ferait beaucoup engraisser. Dans les 3 ans qui ont suivi, j'ai pris en tout 120 lbs, j'ai donc doublé encore mon poids. De ce poids, j'en ai pris et perdu. Aujourd'hui, j'ai 38 ans et je suis en surpoids, je le sais. Je ne suis pas en forme, je le sais. Par contre, je fais attention à mon alimentation. Chaque prise de sang, sans exception, chaque fois qu'on prend ma pression, mes résultats sont excellents. Pourquoi dois-je alors me justifier, comme je viens de le faire?


"Je fais attention à mon alimentation"

"Chaque prise de sang, sans exception, chaque fois qu'on prend ma pression, mes résultats sont excellents."



Il y a quelques années, je suis assise autour d'une table avec d'anciennes collègues de travail et je raconte que, avant même de penser à faire une diète, une opération bariatrique, etc, je dirais à la personne : pense à t'aimer avant, une diète, ça ne change pas ça.


Que tu pèses 100 ou 300 lbs, tu peux te trouver gros(se), ça n'a rien à voir avec le poids et tout à voir avec ce qui se passe dans la tête.


Moi, dans ma tête, j'ai encore 120 lbs, pourtant, la société tient absolument à me rentrer dans la gorge de force que je suis grosse. C'est correct "les gens", je n'ai pas besoin de me le faire rappeler aux 5 secondes! Quand je me regarde dans le miroir, je vois tout ce que je n’aime pas, comme tout le monde, mais je ne me déteste pas non plus. J'essaie fort de m'aimer comme je suis, mais c'est "tough", on dirait que la société voudrait donc qu'on se flagelle... Pourquoi?


En février, mon conjoint et moi profitions des promotions de la St-Valentin pour se payer un week-end en amoureux à l'hôtel. J'ai eu envie d'un beau pyjama pour me faire plaisir. Rendue à mon 6e magasin dans le centre d'achat, j'étais presque en pleure : "Bonjour, est-ce que vous tenez plus grand que XL?". J'ai horreur qu'à chaque fois que je veux m'acheter quelque chose, on me rappelle que ça ne se fait pas pour moi. C'est stressant quand, à chaque fois que je vais quelque part (quand on peut aller quelque part), je me dis "quel genre de chaises ils vont avoir?", "d'après moi je ne "fitte" pas dans la banquette". Je n'ai pas besoin qu'on s'offusque ou qu'on se brandisse pour moi quand Martin Matte fait une joke de gros - moi je trouve ça drôle, pis chu grosse, fak assis-toé Ginette. Un médecin ne devrait pas s'arrêter à mon poids avant même d'investiguer.


Surtout, je n'ai pas à me faire dire : ben t'as juste à maigrir. Parce que dans ce cas-là, vous avez juste à être plus intelligent.


Julie.

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