• Alexandra Pellerin

J'suis pourrie



Je suis allée marcher dans le bois aujourd’hui (ils nous disent tous de faire ça, hein). Les paysages d’automne ont fait office de semblant de réconfort pour ma tête qui n’arrête pas de tourner depuis quelques jours. Quand je vois la mi-session arriver, j’appréhende toujours un peu, car je sais très bien que mes pensées, elles, ne prendront pas congé. Car les distractions sont moins là. C'est facile de pas affronter ses pensées quand on se jette dans des dizaines de projets et quand on a des journées chargées et un agenda bien rempli. Sauf que là, ce n'est plus le cas. On se retrouve seul avec nous-mêmes - et nos pensées.


Bref, j’ai décidé de sortir de ma tanière (chambre) d’où j’hibernais depuis trois jours. C’est vrai que c’est beau l’automne. Tu auras beau me dire que c’est cliché de dire que c’est donc beau l’automne, je m’en fous. C’est beau, pis c’est vrai que ce l’est. J’ai d’ailleurs voulu immortaliser cette beauté en prenant des photos. Ce qui m’amène au point central de ce dégueuli de mots plus ou moins clair :


J’suis pourrie.


Mes photos sont à chier. Comment ils font, les gens qui ont du talent ? Parce que moi, j’ai l’impression d’en avoir aucun – pis j’ai surtout l’impression que c’est peine perdue. Que je n’en aurai jamais dans rien. J’ai essayé la guitare aussi : pourri. Dessin : pourri. Je fais à manger : ce n’est pas bon. Les sports ? On n’en parlera même pas.


Plus ça va, plus je me dis que mon seul talent c’est de faire le party pis de me saouler. Là-dedans, j’suis bonne. Trop bonne…


Ça fait mal, se sentir pourrie. Se sentir pas accomplie.


Regarder les autres autour de toi publier des vidéos de la nouvelle chanson qu’ils ont appris à jouer au piano, ou les magnifiques photos qu’ils ont prises pendant leur voyage quelconque, ou le court-métrage auquel ils ont contribué, ou la peinture qu’ils ont faite.

Pis se comparer.


Je ne fais rien de tout ça, moi. J’suis pourrie. Ça me stresse. J’ai peur.



Je ne me lance pas. J’ai trop peur d’être pourrie. Pis plus j’ai peur d’être pourrie, moins je me lance. Pis moins je me lance, moins j’accomplie. Pis moi j’accomplie, moins je me sens accomplie. Pis moins je me sens accomplie, moins je m’aime. Pis moins je m’aime, moins je crois en moi. Pis moins je crois en moi, plus j’ai peur d’être pourrie… et moins je me lance.


Je le casse où, ce cercle là ?





Est-ce que je suis la seule à me sentir pourrie, parfois ? Et surtout, est-ce que c’est normal que ça me déprime à ce point ? Je veux dire, quand je réussis à ne pas y penser, ça va. Mais quand ça reprend le dessus, c’est difficile.


C’est tellement épuisant de penser sans arrêt. Surtout quand c’est ce genre de pensées qui nous hante. C’est destructif.


Le pire, c’est que je sais que c’est juste dans ma tête. Que j’ai plein de belles qualités. Que c’est juste une de ces journées. Ces journées qu’on déteste tellement. Ces journées tellement difficiles.


Mais il faut garder en tête que ce ne sont rien d’autre que de mauvaises journées. Pis qu’on est loin d’être pourris.


Luna