• Karine Forgues

J'aurai dû le voir arriver...

Mis à jour : sept. 4

Le stress post-traumatique


Je suis dans l'ambivalence face à mes sentiments depuis le début. Le sentiment de culpabilité m'accompagne depuis le commencement. Remettre en doute mes compétences. L'impression d'avoir oublié de faire quelque chose qui aurait pu m'éviter cette attaque... Et pourtant, depuis l’événement, je me repasse la situation en boucle dans ma tête (parfois sans le vouloir c'est ce qu'on appelle les cauchemars...). Je ne vois pas ce que j'aurai pu faire différemment pour apaiser ces maux. Ils étaient si souffrants et rien de ce que je faisais ne pouvait les calmer. J’avais utilisé pratiquement toutes mes ressources. J’étais seule avec eux sans avoir la possibilité de demander de l’aide. Est-ce que ça fait de moi une intervenante incompétente? Je me pose souvent la question.

La honte a vite pris place quand j'ai annoncé mon arrêt de travail et que j'ai admis ne plus être capable de fonctionner parce que l'idée de le revoir était terrifiante... Je n’arrive pas à croire que cette situation m’affecte à ce point. Pourtant, ce n’est pas le premier geste de violence que je subissais.

La colère s'est emparée de moi. J’étais fâchée contre les gens qui n'ont pas mis en place des mesures pour éviter cette agression… Le manque d’information et de structure ainsi que le manque de personnel sur place a affecté ma santé mentale. Ça aurait pu être pire, une chance je n’ai eu que quelques marques sur les bras et des bleus sur la poitrine. Quelqu’un aurait pu être davantage blessé avant que quelque chose change. La colère contre moi-même de ne pas être assez compétente en tant qu'éducatrice spécialisée pour passer à travers cette épreuve. Ça devrait faire partie de la «game» non? Se faire ruer de coups devrait être un risque "normal" ?

La peine était la suite inévitable. Les pleurs font partie intégrante de moi-même en ce moment parce que chaque fois que mon cerveau a la chance de m'envoyer des images de cet événement, il ne se gêne pas et les larmes prennent place dans le creux de mes yeux bleus. La peur est selon moi le pire des sentiments vécus. Tout ce qui me fait penser à la situation me met dans l'appréhension, mais au-delà de ça, les gens me font peurs... J’ai de la difficulté à me retrouver où il y a beaucoup de monde. Si je me suis fait attaquer à ce moment-là qu'est-ce qui prouve que ça ne m'arrivera pas à n'importe quel instant ? Pourrai-je avoir une garantie svp? Peut-être que ça me rassurerait pour aller faire mon épicerie.

Ce que j'aimerais le plus c'est retrouver ce fameux sentiment de sécurité que j'avais réussi à acquérir au cours des années, mais qui a été bouleversé en l'espace de quelques jours... La sécurité professionnelle c'est celle que j'ai obtenue grâce à mon expérience théorique et pratique. Celle qui me permettait de douter juste assez pour m'améliorer. Et qui me permettait d'avoir ce sentiment de fierté à la fin de mon quart de travail. La sécurité personnelle c'est celle qui me donne confiance en moi-même et envers les autres. Celle qui me permettait de ne pas toujours être en méfiance face aux réactions d’autrui. Celle qui me permettait de sentir que j'allais faire les bons choix et être capable de bien réagir face aux situations.


Maintenant, me voilà hors circuit depuis 2 mois.... Je m’ennuie tellement de mon métier, d’aider les gens et d’être entourée de monde. J’imagine que pour l’instant je dois simplement lâcher-prise sur ce dont je n’ai pas le contrôle...


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Karine Forgues

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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