• Audrey

J'ai trop longtemps joué à l'autruche

Mis à jour : sept. 5


Oui, j'ai trop longtemps joué à l'autruche. Je me plais à dire ça pour mettre une image sur mon déni. Un déni qui a duré beaucoup trop longtemps. J'ai 24 ans dans quelques semaines, mais j'en avais 22 lorsque la réalité m'a rattrapée. Voici donc mon histoire. L'histoire qui m'a menée à mon diagnostic.


On est début novembre, je ne me souviens plus de la date exacte. Et bien franchement, je préfère l'oublier. Mais on est début novembre, ça, c'est clair dans ma tête. On est le matin, je me prépare pour l'école. Ça fait déjà un bon 2 mois et demi que j'y suis. Je suis mon cours pour être préposée aux bénéficiaires. Ce matin là, rien ne va. Je suis impatiente, voir méchante face à ma petite sœur et même face à ma mère, celle qui me connaît mieux que personne, celle qui m'a tricotée, comme on dit.


Je ne veux pas écouter lorsqu'elle me dit que ça va pas, que je devrais aller chercher de l'aide. Elle me voit bien maigrir à vue d'œil. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que depuis déjà presque deux mois, je saute un à deux repas par jour. Si on fait le calcul vite vite, sur 21 repas dans une semaine, ça fait beaucoup que je saute. J'ai donc énormément maigri, j'ai la peau sur les os et mon corps me parle. J'ai des douleurs incroyables au ventre, mais inconsciemment, je continue. Elle voit bien mon humeur massacrante, insupportable. Ce qu'elle ne sait pas non plus à ce moment là, c'est qu'à tous les soir que le bon dieu m'apporte, lorsque vient le temps de me coucher, je pleure. Je pleure tellement que je finis par m'endormir, faute d'avoir trop pleuré.


Je quitte donc pour l'école le cœur lourd et la tête pleine. Pleine de l'image de comment je viens de les traiter, et surtout pleine car je m'en vais passer un examen. Un examen pour lequel je n'ai pas grand place à l'erreur. Les enseignants se posent des questions. Je m'absente quelques fois, j'ai échoué quelques examens déjà. Mon avenir est en jeu si je ne veux pas être mise dehors du programme. Le moment de l'examen arrive, et ce qui ne devait pas arriver, arriva. Je l'ai échoué pour une banalité à mes yeux aujourd'hui. Mais ce jour-là, pour mon évaluateur, ce n'était pas une banalité.


Mon enseignante m'a donc prise à part et, comme elle avait remarqué que ça n'allait pas, elle m'a conseillé d'aller chercher de l'aide. J'ai donc pris mes choses et je me suis rendu à l'hôpital de ma région qui se spécialise en santé mentale. C'était le conseil de mon professeur. Celui de ma mère aussi, mais j'étais encore trop dans le déni à ce moment-là. Je ne voulais pas croire que ça pouvait m'arriver. Je devais rester en forme. Je me devais d'être forte, je devais être là pour ma famille. Ça été plus facile d'écouter une simili inconnue que celle qui m'a mise au monde. Avec du recul, je m'en veux tellement.


Bref, arrivée à l'hôpital, au triage, je commence. Arrêt de manger, pleure pour s'endormir, humeur exécrable, envie que tout autour moi s'arrête, avoir le besoin d'être dans une bulle de verre. Mais comme je ne suis dangereuse ni pour moi, ni pour les gens autour, on me retourne dans la salle d'attente. J'attends 13 heures, pour qu'au final, on me retourne à la maison et qu'on me dise de revenir le lendemain matin à 8h , où je vais aller voir un psychiatre de l'autre côté. À mon retour, le lendemain, j'attends que le médecin soit prêt à me recevoir. Lorsque vient mon tour, je lui raconte à nouveau toute mon histoire et c'est à ce moment que la gifle vient de plein fouet me frapper.


Le diagnostic. Trouble anxieux, trouble alimentaire et dépression. Là, le fun commence dans ma tête. Pourquoi moi? Ça se peut pas, il se trompe. Ben non, pas encore de quoi. On me donne la médication et me retourne chez moi.


J'ai pris adéquatement la médication. J'ai repris, bien sûr, avec mon anxiété jamais bien loin, ma vie où je l'avais laissée 48 heures plus tôt. Je suis retournée à l'école. Des gens ont cru en moi, bien plus que moi je pouvais croire en moi. Avec leur aide, les encouragements, le support et l'amour de ma famille, j'ai réussi à finir mon cours.


Aujourd'hui, je suis donc fièrement diplômée depuis un an. Je suis préposée aux bénéficiaires, je suis dans le domaine. Je sais bien que ça va me suivre toute ma vie, mais je vis mieux avec ça. J'accepte mes diagnostics, non pas sans difficulté, mais je l'ai fait. Mais ça, c'est pour un autre texte.


Audrey.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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