• Kayssie

J'évite d'être aimée

Dernière mise à jour : juin 24

J'ai peur d'aimer et d'être aimé parce que je crains que ce lien prenne fin. Bien que je sois de nature sociable avec un très bon sens de l'humour, je limite mon implication avec mon entourage. Jamais par manque d'empathie, je me protège tout simplement. L'abandon et le rejet, ça fait tellement mal.


Depuis toute jeune, je me sens comme une extraterrestre. Non pas que je sois perçue comme une menace, mais plutôt la lourde impression de ne pas avoir ma place sur cette terre. La majorité des gens ne croient pas en leur existence. Donc en quelque sorte, je me sens invisible dans la foule. Je connais aujourd'hui ma valeur, mais j'aimerais tant que les autres la reconnaissent. Loin de moi l'idée d'être sous les projecteurs, je veux simplement la place qui me revient.


Lorsque je m'exprime, j'ai un fort sentiment d'être incomprise, voire que mes paroles sont comme du vent qui s'éclipse aussitôt ressenti. Je dois reformuler, répéter, et surtout subir le regard de mon interlocuteur. Je finis donc par abandonner, car il devient trop confrontant de faire valoir que mon opinion a tout autant son importance que celle des autres.





Je reconnais avoir ma part de responsabilité. À force de cumuler les rejets, d'avoir vécu de l'intimidation durant l'enfance, je me suis mise en mode échec avant même de vivre l'expérience. Le cerveau peut facilement jouer des tours. Au fil des années, j'ai compris que ces pensées orientées vers les lacunes se transposaient dans mes réactions et mon langage non verbal. Je devenais mon propre ennemi ; plus je redoutais le rejet, plus je l'attirais. Après tout, qui aimerait se lier d'amitié avec une personne qui manque de confiance en soi?


Mais ma situation n'est pas que négative. J'ai appris à surpasser mes peurs en démontrant aux personnes que j'étais ouverte aux critiques. Au début de l'âge adulte, jamais je n'aurais laissé d'espace pour les recevoir. De cette façon, je court-circuite le trajet habituel de mes pensées et du même coup j'envoie le message aux gens mal intentionnés que cette façon de mépriser ne m'atteindra plus, du moins pas comme avant. De plus, de par mes choix des dernières années, j'ai décidé de faire les choses par moi-même, autant à travers des voyages en solo que toutes autres activités qui me passionnent. Je n'attends personne, autrement je me verrais dans l'obligation de reporter constamment mes projets. On me perçoit probablement comme une femme qui n'a besoin de quiconque et qui est pourvue d'une grande sagesse. Ce n'est pas un maigre changement, je dois dire. Mais j'avoue encore éprouver le sentiment de ne jamais être à la hauteur et de devoir ramer plus fort pour me sentir importante aux yeux des autres. Qu'on souhaite ma présence, que l'on me démontre de la considération. L'évolution est parfois perçue comme un combat incessant, sans jamais en voir la finalité.


Vous reconnaissez-vous un peu? Et bien ceci est un portrait relativement bien dressé sur le trouble de personnalité évitante (dans le répertoire des diagnostics du DSM-5). Soyez sans crainte, ce n'est pas nécessairement handicapant. Et il est bien possible, malgré la prévalence d'environ 2%, que certains de nos comportements se retrouvent dans la liste de critères sans pour autant recevoir ce diagnostic. En voici un résumé:


« Ces personnes se sentent inadaptées. Elles gèrent ces sentiments en évitant toute situation dans laquelle elles pourraient être vues négativement. Elles peuvent entre autres éviter de se faire de nouveaux amis à moins d'être sûres d'être appréciées. Elles supposent que les autres seront critiques et désapprobateurs à leur égard jusqu'à ce qu'il y ait une preuve claire et indiscutable du contraire. Elles sont attentives à tout signe de réaction négative à leur égard. Leur apparence tendue et anxieuse peut susciter des moqueries ou des taquineries, ce qui est interprété comme une confirmation de leurs insécurités. Même si elles recherchent les interactions sociales, elles craignent de placer leur bien-être entre les mains des autres. Elles ont tendance à être relativement isolées et à manque d'un réseau social qui pourrait les aider lorsqu'elles en ont besoin. Elles peuvent également refuser de prendre des risques ou de participer à de nouvelles activités par peur d'être embarrassées. » - source www.merckmanuals.com


Sache que dans tout dysfonctionnement il y a un passé. Il nous définit, mais notre état n'est pas immuable. Nous avons toujours la possibilité de transcender ces blocages. Dans mon cas, le désir d'être heureuse et épanouie surpasse l'inconfort relié à l'évitement. Je vais donc me permettre de croire en mon rétablissement, car je veux tout sauf éviter l'amour.


Bien à vous,



Kayssie



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