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Intervenant : aider sans se brûler (Partie I)

Comment prévenir l'épuisement lorsqu'on est intervenant? Une question qu'on néglige trop souvent.


Plusieurs professions ou métiers sont reconnus pour comporter des risques. Lorsqu'on parle de « métier à risques », on fait habituellement référence à la sécurité physique. C’est pourquoi on pense d’abord aux pompiers, policiers, soldats, mineurs, pilotes de course, etc. On ne pense pas d’emblée aux sexologues, psychologues, travailleurs sociaux, infirmières, etc. Pourtant, le métier d’intervenant est à très haut risque. Le risque concerne ici la santé psychologique.


Lorsqu’on connaît les risques physiques auxquels on s’expose, on peut s’en protéger plus facilement. Le monteur de lignes sait qu’en grimpant dans une structure, il s’expose à une chute. Il utilisera un harnais pour se protéger. Chez les intervenants, tout comme un gaz inodore et incolore, le risque est plus difficile à identifier. On peut donc moins facilement s’en protéger et plus facilement le nier. Et si l’on ne s’en préoccupe pas, il pourrait causer des ravages.

Une exposition constante à des drames et à la souffrance humaine


On ne peut entendre des histoires dramatiques et voir la souffrance qu’elles engendrent chez les personnes qui nous consultent sans réagir ou mettre son équilibre à l'épreuve! On peut être triste devant le deuil qui afflige la mère qui a perdu son fils. Quoi qu’on en pense, on ne peut demeurer de glace devant les histoires dont on est témoin chaque jour.

Plusieurs croient qu’un bon intervenant arrive à ne pas se laisser atteindre par les souffrances de ses clients. Selon moi, c’est l’intervenant qui sait évacuer ses réactions qui opte pour le choix le plus sain. Sain pour sa clientèle. Sain aussi pour son équilibre psychologique. Celui qui n’effectue pas cette évacuation s’expose au risque d'épuisement.

Être continuellement dans un rôle de « donneur »


Adopter le rôle d’aidant, c’est accepter d’être en relation avec une personne et d’utiliser ses ressources pour l’amener, d’une façon ou d’une autre, à résoudre la difficulté qu’elle rencontre. On lui vend son écoute, son soutien et son assistance.

Pour le donneur, c’est une perte énergétique qu’il faudra compenser pour demeurer en équilibre. On ne peut pas donner plus qu’on reçoit sans se retrouver en déficit. C’est mathématique!

Même si le don de soi est valorisé dans notre société, le déficit qui en résulte est inévitable. C’est pourquoi je recommande qu’une partie des honoraires perçus par les intervenants soit consacrée à recevoir des soins ou à se nourrir d’affection (écoute, attention, soutien, considération, etc.). L’objectif? Rétablir l’équilibre. Mais je sais qu’en pratique, ce n’est pas souvent le cas. Pour plusieurs intervenants, le don de soi ne s’arrête pas au travail et se poursuit dans leur vie privée.

On entend parfois l’expression « déformation professionnelle ». Les intervenants ne sont pas à l’abri de ce type de déformation. Ayant porté son attention sur les autres toute la journée, on oublie parfois de retourner cette attention vers soi quand on quitte le travail. Ce retour vers soi est pourtant nécessaire pour mesurer le déséquilibre, identifier les besoins et se mobiliser pour y répondre…


Être épuisé, c’est se retrouver plein d’émotions. L’exposition constante à la souffrance génère des réactions émotives à l’intérieur de soi. Leur contrôle ou leur accumulation en soi mènent à l’épuisement.

L’épuisement : le manque d’énergie


L’épuisement est un effondrement ou une fatigue extrême qui provient d’une demande excessive d’énergie. Il est causé par un déséquilibre entre ce que la personne donne à autrui et ce qu’elle se procure comme ressourcement et repos psychologique. Évidemment, on se retrouve épuisé à donner plus qu’à recevoir.

Les ingrédients pour s’épuiser


Pour en arriver à l’épuisement, plusieurs ingrédients sont nécessaires. D’abord, on s’épuise à négliger la gestion de son énergie personnelle. Tolérer plus de dépenses que de gains d’énergie dans sa vie mène nécessairement à l’épuisement de ses ressources.

On se dirige vers l’épuisement de ses ressources à partir du moment où l’on constate qu’on :

  • accepte des relations non réciproques,

  • s’oublie pour répondre aux demandes des autres,

  • a de la difficulté à faire des demandes pour soi ou à refuser celles des autres,

  • accepte difficilement de recevoir,

  • néglige de se reposer psychologiquement et de se ressourcer.

Le risque de s’épuiser est d’autant plus grand si l’on ne se connaît pas bien. Méconnaître ses émotions, ses besoins et ses limites rend impossible la tâche de bien s’occuper de soi. Impossible alors de s’assurer qu’on ne donne pas trop.

Pour s’épuiser, il faut aussi nier ses limites. On peut reconnaître qu’on nie ses limites lorsqu’on se croit indispensable à tout, qu’on refuse son impuissance à aider tout le monde ou encore qu’on s’acharne dans les situations d’impuissance. Essentiellement, il s’agit d’ignorer ses signaux de dépassement. L’organisme ne se laisse jamais abuser sans le signaler et chaque organisme a son propre système d’alarme.

Un dernier ingrédient est de tolérer un déficit dans son besoin de repos psychologique. Sur ce plan, on ne régénère donc pas notre énergie psychologique.


Madison M.

xx


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