• Karine Forgues

Hôpital psychiatrique 5

J’ai rencontré le psychiatre.


Après quelques discussions, je lui ai demandé si je pouvais porter mes vêtements. Il a refusé puisque mon impulsivité m’avait trahie en lui donnant une réponse aussi rapide qu’une Ferrari à sa question : êtes-vous encore suicidaire? Ce à quoi j’ai répondu : Ben voyons, il y a plein de manières de se tuer autre que par mes vêtements monsieur. Je m’en suis voulue pendant les 3 jours qui ont suivi parce que j’ai dû conserver cette jaquette affreuse. Une infirmière m’a annoncé que ça faisait partie de mon diagnostique de Trouble de personnalité limite lorsque je lui ai confié ne pas aimer le médecin. Cependant, aucun médecin ne m’avait parlé de ce diagnostique et aucun médecin n’avait pris la peine de m’évaluer plus de 15 minutes.


J’en étais à avoir rencontré 3 psychiatres différents. Comment pouvaient-ils m’imposer une étiquette aussi rapidement? J’en étais fâchée contre le système. Comme personne n’a voulu confirmer les dires de l’infirmière, j’ai eu mon congé au bout de 9 jours. Lors de cette hospitalisation, j’ai rencontré un monsieur Mike (nom fictif) âgé de tout juste 60 ans. Il était mon voisin de rideau (haha!). Je l’aimais vraiment ce gars. Il passait ses journées à écrire sur la spiritualité, il me racontait sa vie et il tentait de me convaincre qu’il en était à la fin de celle-ci. Durant ces 9 jours, j’ai tenté de lui prouver le contraire alors que moi aussi je considérais que ma vie en était à sa fin (23ans). À mon départ, je n’avais pas réussi, car son idée était faite. J’ai été en transition dans un centre de crise dans le but de reprendre des habitudes de vie saines. Cependant, ma souffrance était trop importante et j’ai dû retourner à l’hôpital. On n’avait convenu entre le centre et l’hôpital que j’allais pouvoir conserver mes vêtements puisque l’idée de mettre la jaquette bleue me terrifiait.



Arrivée à l’urgence avec ma sœur, j’avais une impression de déjà vue. Le sentiment d’avoir échoué si rapidement était si fort que j’en avais le mal de cœur. J’ai décidé de garder mes lunettes de soleil à l’intérieur puisque j’étais incapable de cesser de verser des larmes de souffrance. Je n’avais même pas besoin d’un numéro puisqu’ils m’attendaient déjà. Il fallait que je leur raconte une fois de plus ce qui se passait dans ma tête. Ensuite, je devais attendre, avec ma sœur, dans la salle d’attente pour rencontrer l’urgentologue. 2 heures plus tard, elle me pose des questions auxquelles je réponds très honnêtement. Elle me demande si je suis volontaire de rester, je lui dis que oui! Je retourne voir ma sœur puis on me rappelle dans une autre pièce. Une infirmière me demande de lui remettre mon manteau ainsi que mes souliers.


« Oh oh, je la vois venir avec sa jaquette bleue celle-là! »


-Madame Forgues, vous devez vous dévêtir et mettre cette jaquette, vous devez tout enlever!

-Il n’en n’est pas question ! J’avais pris une entente que je garderais mes vêtements, regarder dans mon dossier.

-C’est la procédure, je ne peux rien y faire madame. (Ce qu’elle répéta sans cesse jusqu’à l’arrivée du médecin.)

-JE M’EN CALICE DE TA PROCÉDURE, désolée, je sais que ce n’est pas toi, JE NE VAIS PAS ME CHANGER !

(Quelques agents d’interventions s’approchent de la porte.)

-CHECK, JE VAIS CRISSER MON CAMPS ET ALLER DORMIR EN CUILLIÈRE AVEC MA SŒUR PIS ATTENDRE QUE LE GOÛT DE VIVRE ME REVIENNE OK? THAT’S IT’S TABARNACK!

-Madame Forgues, c’est moi la docteure X et j’ai signé pour une garde préventive donc vous n’avez pas le droit de quitter l’établissement.

-BEN CHECK MOI BEN LE FAIRE !

-Pourquoi vous ne voulez pas enlever vos pantalons?

-PARCE QUE J’AI DES GROSSES JAMBES CALICE !!! JE N’AIME PAS LES MONTRER À TOUT LE MONDE !! (Je fonds en larme littéralement.)

-OK, gang, on a d’autres batailles, laissons-lui ses pantalons, de toute façon, ils vont lui enlever de l’autre bord.


Elle quitte.


L’infirmière revient à la charge :

-Je dois vous demander de me remettre votre soutien-gorge…

-AH BEN ****, VOUS N’AVEZ PAS ENCORE FINI !!! CHECK LAISSE-MOI 5 minutes pour me calmer pis y penser.


5 minutes de fou rire intense avec ma sœur à être complètement découragée. Ma sœur me rappelle à quel point on dort mieux sans brassière et que mes seins se tiennent encore tout seuls alors ce n’est pas un réel problème. Haha!


Je lui remets mon soutien-gorge avec un beau sourire et une longue excuse pour les jurons en lui expliquant que ce n’est vraiment pas mon genre de me fâcher de la sorte. Je suis transférée dans une civière dans le corridor. Mon réveil fût tôt puisque je revois le préposé de l’UTSM apparaître et me ramener directement là ou je venais de quitter quelques jours auparavant…


J’avais si honte!


Karine.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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