• Chloé C.

Grossophobe : c’est à moi que tu parles ?

Moi, grossophobe ? Moi, je stigmatiserais ou discriminerais les personnes en surpoids ? Je n’ai rien contre les gens plus en rondeurs ni contre ceux qui souffrent d’obésité. Je ne ris jamais de ceux qui ont un surplus de poids. Ça ne me traverserait même pas l’esprit! Alors comment pourrais-je être grossophobe ? Le problème, ce n’est pas ce que je dis, mais ce que je pense. Et pas ce que je pense des autres, mais de moi.


Je proclame à haute voix me sentir laide, grosse et dégueulasse — dans cet ordre — depuis des années. À répétition, je marmonne à moi-même « obèse ». Mon cerveau a tellement bien intégré que je me définis comme une baleine échouée que quand je tombe sur une image de ce mammifère marin, il ne capte pas de quoi il s’agit réellement. « Ce n’est pas ÇA une baleine franchement ! J’en connais une, moi, et elle ne ressemble pas du tout à ça ! » Il réagit de la même façon pour la vache ou le porc, d’ailleurs : il n’a aucune idée de ce que sont véritablement ces animaux. Il les associe plutôt à moi tant j’ai fait coller ces insultes à ma peau.


J’ai voulu perdre et perdre du poids un nombre incalculable de fois par peur de devenir grosse. J’ai essayé tous les régimes possibles de «Montignac» à «Mince à vie» aux cures de jus en passant par les jeûnes intermittents. J’ai réussi à abaisser mon IMC jusqu’à un chiffre ridiculement bas par crainte d’une perte de contrôle sur ma silhouette. J’ai surveillé de façon abusive mes comportements entourant mon alimentation pour m’assurer que la balance ne m’annoncerait jamais que j’avais un tant soit peu engraissé. Au fond, j’ai diabolisé la prise de poids. Inconsciemment, j’ai très tôt fait germer en moi l’idée qu’être « grosse » constituait un danger. J’ai présumé que ma valeur personnelle était influencée par mon gabarit. Pire, j’ai estimé que ma vie pouvait être handicapée par ce à quoi je ressemblais physiquement. Sans le savoir, je posais ainsi un jugement extrêmement négatif sur la diversité corporelle. Je n’y avais jamais réfléchi avant ce jour. Non, moi, avant, je disais qu’une taille plus imposante ne me dérangeait que chez moi. Quelle foutaise ! Mon trouble alimentaire est basé sur une phobie de la grosseur, comment pouvais-je honnêtement affirmer que celle-ci ne me causait aucun problème ?



Alors oui, peut-être que le surpoids (le mien potentiel ou celui de quelqu’un d’autre) me terrifie et que finalement, sans le vouloir, je critique cette condition. J’en ai honte, mais je ne me taperai pas trop sur les doigts non plus. Quand socialement, on prônera une plus grande diversité corporelle, que la diet culture ne constituera plus une règle et que les petites filles de 7 ans ne rêveront plus de perdre du poids au lieu de jouer à la poupée, peut-être que la grossophobie cessera d’être considérée comme « normale ». Pour moi, elle représente un peu le constat que je n’ai pas vaincu totalement mes enjeux d’estime de moi en matière d’image corporelle. Ce n’est pas banal, et franchement je n’en éprouve pas de fierté, mais comme il faut mettre un nom sur le problème pour mieux le circonscrire et l’arracher à la souche alors, oui, je suis grossophobe ! Mais maintenant, j’y veille en commençant par moduler mon discours interne et poser un regard différent sur mon propre corps. La grossophobie, ça se combat.


Chloé C.

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