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Faire du ménage

Ça fait maintenant un an que je consulte une psychologue. Après des années à trainer mes pauvres bagages souillés de larmes, de coups, de coupures, de poches recousues, ils sont déposés à terre. Déposés à côté de mes mocassins usés par le temps. Mes petites épaules sont marquées par les lignes de sacs. Mes mains, cicatrisées par le vent, se déplient enfin.


Ces bagages sont faits de mécanismes de défenses, de traumas, d’anxiété, de dépression et d’un cœur amoché par des mots et du mal d’amour. Tout ce temps, je pensais que je traversais bien le chemin de la vie. Oui, je marche dans la vie mais je marche sous des poids inutiles. J’ai consulté plusieurs psychologues et dans différentes spécialités, aucun plan ne marchait. Mais quand ma présente psychologue est arrivée dans ma tête, elle n’a pas fait les choses comme les autres. Elle a commencé à regarder mon bordel. Elle a analysé les situations.


Elle est arrivée à un moment opportun de mon désespoir. Je venais de me faire diagnostiquée « Dépression majeure » par un médecin. Je croyais vraiment que j’allais vivre avec ça pour le reste de ma vie. Elle a dit : « Non, non. C’est possible de faire le ménage. Okay, on va commencer avec ce sac ». J’ai ouvert un par un mes sacs. Ainsi de suite, je continuais tranquillement. Mais je ne savais pas que j’avais pleins de petits sacs dans mes grands sacs. Comme une ramasseuse compulsive, j’avais accumulé beaucoup de choses que je croyais utiles pour plus tard. On a commencé à trier. Je vous le jure, je ne voyais pas la fin. Il y en avait tellement! Je pleurais et je vidais mes sacs. Dans ces sacs : la honte, la frustration, la culpabilité, la colère, le mal-être, le manque d’amour et tous ces petits maux jamais guéris mis dans des recoins. J’ai pleuré tellement fort à la fin, quand j’ai fini de faire le tri après un an. J’ai eu mal pour moi. Et ma psychologue, solide, m’a aidée à me consoler.


Je me suis tellement négligée. Je n’ai pas fait attention à moi. Je me suis laissée aller. Aller vers où? Vers une fatigue. Fatiguée de quoi? De tous mes blessures. Blessures de quoi? D’accepter de vivre ma vie comme ça. Quand j’ai atteint cette constatation, j’ai pleuré. Pleurer de soulagement de savoir d’où venait mon mal-être. Il y a pleins de choses qui vient de mon enfance, que j’ai amené dans ma vie d’adulte. Ce qui explique maintenant tous mes échecs en termes de relations humaines. Je ne suis pas un échec, cela dit. Mais mes bagages ont fait que je me donnais de faux tickets de voyage de vie. Je me croyais conductrice de mon train alors que je n’étais pas embarquée dans le bon train : le mien. J’ai voyagé dans plein de wagons, mais pas dans le bon train.


Maintenant que j’ai débarqué, refait mes sacs, j’ai eu peur. J’ai un passeport neuf. J’ai la frousse d’embarquer dans mon train. J’ai tout ce dont j’ai besoin. Donc, je me suis mise à penser : et si je retournais dans ce train ou celui-là? Quand on est vraiment habitué à ce genre de vie, on est confortable et on se sent en sécurité.


Ce que je fais en ce moment, c’est ça : sortir de ma zone de confort. Je suis debout devant ce train. J’ai mes sacs plus légers, plus compacts, plus petits. Et j’en ai refait des

neufs. Je suis toute contente, mais je suis terrorisée. Comme une première journée d’école. Comme un premier voyage dans un nouveau pays. J’ai deux sortes de peurs : celui qui ressemble à : « Non, je ne serai jamais capable » et « et si on essayait ? ». Ma psychologue est celle qui ne me pousse pas, mais qui me dit : « Prends ton temps, ça va venir ». Pour l’instant, j’ai peur. Mais j’essaie de me ressaisir en me disant : « Okay, on va respirer avant. On n’est pas pressé. » Je suis encore sur le quai d’embarquement. Avec mes nouveaux mocassins propres, tâchés de mes courts allers-retours des autres trains. Cependant, mes pieds font des allers-retours devant mon train…


Anonyme.

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