• La fougueuse

Double diagnostic, mais encore des questions sans réponse


Comme vous le savez déjà, je vis au quotidien avec un trouble de la personnalité obsessive-compulsive et un trouble d'anxiété généralisée en plus de devoir gérer de temps en temps le restes du trauma de la maladie. En ce moment, nous réétudions l'hypothèse du TDAH, la raison principale pour laquelle j'ai demandé un suivi en santé mentale.


Le contexte a changé depuis. C'est drôle, mais même si le TOPC m'a amené tellement de réponses, même si j'essaie la médication pour TDAH, ce soir, j'ai réalisé que je n'ai pas du tout envie d'ouvrir la porte à un troisième diagnostic. C'est facile dire aux autres que le diagnostic ne change rien, mais quand tu es seule avec toi-même et que tu te regardes, ouf que tu ne veux pas que ça t'arrive encore à toi. Des étiquettes, j'en ai déjà deux. J'accepte bien celle de l'anxiété, ça passe bien ça dans la société, parce que «tout le monde vit avec un peu d'anxiété dans le fond». Mais je commence à peine à accepter celle du trouble de personnalité et là on en ajouterait une autre? Déjà que le trouble de personnalité, ça passe pas très bien dans la société. Ça fait peur, ça me fait peur parfois. En plus, quand même toi tu ne savais pas au début que le TOPC existait, là faut que tu l'expliques aux gens en plus. Je dois vous avouez que, même moi dans ma tête, le trouble de personnalité, ça sonne comme «j'ai une pièce de brisée". Surprenant, mais vrai. Mes amis ou les gens ici qui vivent avec un TP, je ne trouve pas que ces personnes ont une pièce manquante, mais chez moi, je le digère mal encore. Pourquoi moi? Qu'est-ce que j'ai fait de mal pour que moi j'aie un «problème»?


Toute cette semaine sur Vivance, je me disais que ça allait pas pire. Enfin, pas trop d'effets secondaires: «j'arrive quand même à mieux me concentrer, mais bon n'importe qui avec ce médicament irait mieux dans ses études voyons!»


Ce soir, je me souviens que la psychiatre m'avait demandé de remplir encore une fois le questionnaire sur le TDAH, mais après une semaine sur la dose minimale. Je suis devant la feuille et je suis là à essayer de me convaincre moi-même que dans le fond, ça marche, mais que j'ai pas besoin de ça, que je n'ai pas vraiment de TDAH, tout en commençant à cocher la majorité des items dans «souvent» ou «très souvent». Là, ça me saute aux yeux. Oui, la médication fonctionne, mais ce n'est pas encore assez: «regarde, tu coches encore les mêmes items presque pratiquement dans la même case.»


Je suis venue vous écrire ici en larmes, le coeur gros, en sentant qu'encore une fois, j'avais juste une autre pièce de brisée. Dans mon travail, je côtoie des enfants avec un TDAH chaque jour. Comment se fait-il que je n'aie jamais vu celle-là venir, comment est-ce possible? Comment c'est possible qu'une première de classe comme moi, une «bolée», une téteuse de profs avec un TDAH et ni moi ni personne ne s'en ai rendu compte?


Sous le radar que ma psychiatre dit. Il y a plusieurs types de TDAH, un large spectre, et chaque personne le vit différemment. Un enfant qui n'est pas dérangeant, on ne va pas soupçonner. Surtout qu'avec mes traits de personnalité perfectionniste et hyper organisée, j'ai dû compenser toutes ses années.


Mais non, c'est impossible! J'ai beau avoir la feuille devant moi ce soir, en ce moment, je ne veux pas le voir. Je commence à peine à faire mon deuil de la personne que j'étais avant le cancer, d'accepter celle que je suis devenue, avec mes défis, mes problèmes de santé mentale, pourquoi faudrait que je m'en rajoute? Est-ce qu'on peut juste faire semblant que ce n'est jamais arrivé, mettre ça de côté pour un bout?


La triste réalité étant que mon nombre de séances de thérapie tire bientôt à sa fin et un diagnostic/médication de plus vont me permettre de «m'acheter du temps», ajouter des rencontres, continuer le suivi jusqu'à ce que nous ayons étudié toutes les hypothèses. Je sais que c'est ce que je dois faire, pas juste pour avoir un suivi plus longtemps, mais pour enfin avoir des réponses. Je pourrais enfin comprendre pourquoi après 3 types d'antidépresseurs, plusieurs psychologues et 2 diagnostics, j'ai encore l'impression qu'une pièce du casse-tête manque, que je suis encore là à me demander ce qui ne va pas avec moi. Je veux des réponses, mais je ne sais pas comment y faire face. J'entends dans ma tête cette voix de mes parents qui me disent que je ne peux pas avoir un TDAH, sinon ils l'auraient vu.


Survivant du cancer, TAG, TOPC, est-ce l'équation finale? Non, je le sais au fond, mais j'aurais envie d'enlever plutôt que d'ajouter des étiquettes. J'aurais envie d'une pause de ma vie, ignorer que tout cela m'arrive et juste me reposer, prendre le temps de digérer. Le déni ne va pas m'aider, pour ce soir ce sera cela. Demain sera un meilleur jour pour se pencher sur la question...


La fougueuse

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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