• Chloé C.

Demain, je me reprends en main

Combien de fois, après avoir soi-disant ingurgité trop de nourriture, me suis-je dit cette petite phrase motivante, mais sous-tendant une généreuse part de culpabilité : « Demain, je me reprends en main. »

Car si demain est synonyme d’une reprise de contrôle, forcément aujourd’hui, j’ai raté quelque chose. J’ai fait une erreur, je me suis plantée quelque part. Au fond, aujourd’hui j’ai tout simplement échoué dans le planning de mon autosurveillance alimentaire. Aujourd’hui, j’aurais « trop » mangé.


Il y a une légende urbaine qui stipule que certains aliments sont mauvais et d’autres bons alors que c’est faux : aucun aliment à lui seul ne fait basculer une santé. Évidemment, les jours où je me dis que je dois corriger le tir tombent inévitablement quand j’ai consommé les mets que je diabolise (et qui avouons-le porte joyeusement une étiquette négative dans la société). Sucre et gras atterrissent en tête de liste. Si croquer dans une pomme n’amène pas de culpabilité, me laisser tenter par des chips, des gâteaux, du chocolat, du popcorn ou des bonbons ne serait-ce que pour une bouchée, devient une catastrophe. Et c’est à ce moment précis que je me fais la promesse que le lendemain, je ne glisserai pas dans le même panneau. Demain, je me recadrerai, je me contrôlerai. Demain, je m’engagerai à moins manger, à mieux choisir ce que j’ingère, à faire du sport. Comme au jour de l’an, les résolutions pleuvent, car demain, je serai forte !




Forte, vraiment ?


Bien que ce soit favorisé par la société, manger très « healthy » ne s’apparente pas à de la force, à du courage ou à what ever de positif. Ça s’appelle de la restriction alimentaire. Glorifier un comportement si néfaste revient à dire : bravo tu te fais mal. D’autre part, la restriction éjecte toute notion de plaisir alimentaire et sociale. Je ne mange pas ce qui est bon, mais ce qui génère le moins de culpabilité. Même si je sais très bien que le plaisir permet de réguler l’alimentation, qu’il constitue une nécessité, je me le refuse systématiquement. Quant aux moments où je socialise, tout tourne tellement autour de de la nourriture que c’est difficile de se réjouir de la virée au cinéma, au resto, au café, au bar, etc.


Est-ce que ça en vaut la peine ? J’ai passé une partie de mon existence à décliner les sorties, à bannir un à un les aliments qui me terrorisaient au point de ne posséder sur ma liste que des fruits et des légumes et à m’éreinter dans des salles de sport. J’étais maigre : hip hip hip hourra ! Mais ma vie se résumait qu’à ça.


Prisonnière de la diet culture, j’étais obnubilée par un standard impossible de corps. Il m’était impensable de croire que je pouvais peser plus… ce qui équivalait à ne jamais déroger de mes règles. Je prends conscience que pour guérir je dois faire le deuil de ce corps. Et je ne suis pas douée pour ça… les deuils. Je me planque à l’étape du déni, puis de la révolte et basta ! J’aurai mille marches à monter – sans faire le moindre exercice cette fois – pour atteindre l’acceptation : je ne peux pas avoir un IMC ridicule à mon âge et vivre heureuse. Les deux ne vont tout simplement pas ensemble dans mon cas.


Alors non, demain, je ne reprendrai pas en main. Ce n’est jamais en mangeant que je me suis laissée tomber.


Chloé C.


*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'office de la langue française.

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