• Julie

De l'uniforme à la jaquette (4)

Mis à jour : juil. 1

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La personne dont je veux vous parler aujourd'hui est celle ayant démarrée le mouvement #jedénonce. Nadia Lambert, infirmière depuis plus de 20 ans, est aussi enseignante pour les futurs préposé(e)s aux bénéficiaires.


La détresse dans sa voix est ce qui m'a interpellée le plus (dans cette entrevue). Depuis plus de 3 mois que j'essaie d'avoir la force de reprendre cette série d'articles. Une amie à moi, dans une situation similaire à Mme Lambert, me racontait à quel point nous sommes, comme société, toujours très mal en point présentement. Je me sentais tellement impuissante...


Un matin, tôt, je tombe par hasard sur le témoignage de Mme Lambert :


Voilà ce que je pouvais faire... vous raconter son histoire...


Quand l'arrêt ministériel a été annoncé, Mme Lambert a donné sa candidature sur la plateforme "Je contribue" avec l'appui de sa famille. Elle s'est isolée à l'hôtel et fut envoyée dans un CHSLD COVID rouge (couleur = % de cas confirmés).

La première phrase que j'ai lue et entendue de Mme Lambert est le même son de cloche qui semblerait revenir dans plusieurs témoignages : "Les dirigeants ne nous appuient pas. Ils prennent des décisions sans nous consulter. (...) Il y a un manque flagrant de communication, qui met en péril la santé des travailleurs et des bénévoles."


Malgré ses discussions avec la direction, des menaces des préposé(e)s aux bénéficiaires de faire une chaîne humaine, un patient positif a été envoyé dans une unité qui n'avait pas de cas de la COVID.

"Une patiente a été transférée à 15 h lorsque j'étais seule sur le département. Je l'ai accueillie du mieux que j'ai pu, mais ils savent très bien qu'on n’a pas le droit de faire de transfert entre départements. Quand j'ai quitté, la cliente n'avait même pas sa cloche d'appel. C'est une cloche d'appel spécial. C'est une cliente qui avait besoin d'aide. (...) Quand je suis revenue le lendemain matin elle n'avait pas encore sa cloche d'appel. Elle était à risque cette madame-là."

"Y'a des journées où mes patients n'ont pas mangé, y'a des journées où mes patients n'ont pas été lavés, y'a des journées où mes patients n'ont pas eu les soins de base madame!!"


Quelques heures avant de lire ces lignes et d'écouter cette entrevue, mon amie me raconte qu'un médecin a été dépêché dans un CHSLD. À son arrivée, il constate qu'une seule personne était sur place mis à part les patients, le concierge. Il dormait sur place depuis plus de 2 jours pour pouvoir nourrir les patients. Quand j'ai entendu le "madame!" bien senti de Mme Lambert, j'ai entendu à quoi ça pouvait ressembler...ça ne se pouvait pas... On observe un génocide sans rien faire...


"On nous demande d'utiliser un seul masque par jour, de le retirer et de le mettre dans une enveloppe pour s'en servir après le dîner, car on nous dit qu'il faut penser à nos collègues. J'ai demandé de voir cette "technique par écrit", j'attends toujours... On nous dit que si on en a vraiment besoin, car il est mouillé, on peut en prendre un deuxième... Vous savez quoi? Je me suis empêchée de manger et de boire de 7 h à 14 h 30, heure à laquelle j'ai enfin eu le temps de dîner, pour éviter de toucher à mon masque, pour éviter de me contaminer... Avec ma visière, mon masque et ma jaquette, j'étais complètement déshydratée. À plus d'une reprise, j'ai presque perdu connaissance."


"Nous manquons de matériel pour prendre soins des patients. Comment assurer un suivi sans thermomètre, ni saturomètre, ni appareil à pression? En 8 jours, je n'ai jamais reçu le code du glucomètre. Comment assurer mes suivis ? (...) Il n'y a aucun masque «n95» sur place. On nous demande de faire des aspirations de vomissements fécaloïdes post mortem sans masque «n95». On nous demande de faire des soins de trachéo, sans masque «n95»..."

Voyant qu'elle mettait sa vie en danger, Mme Lambert a décidé de mettre fin à son volontariat. Elle s'est donc mise en quarantaine avant de pouvoir retourner chez elle. L'hôtel aurait normalement dû lui être payé, mais ça n'a pas été le cas. Elle a déboursé 1000$. Elle a eu une prime de 8% pour le travail accompli. Vous avez bien lu, 8%. Ce que vous avez entendu aux nouvelles, les médecins payés 211$ de l'heure pour changer des culottes d’incontinences, on est loin de ça ici... et ce n'est pas l'exception. C'est pas mal la norme.

Risqueriez-vous votre santé mentale et physique pour une prime de 8%? Quel courage!


Julie.


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