• Julie

De l'uniforme à la jaquette (3)

Mis à jour : juil. 1

Ce texte comprend des descriptions graphiques et peut ne pas convenir à tous.


Michel Legris, pompier déclaré en arrêt SSPT permanent et handicapé avec l’algodystrophie de la ville de Sorel-Tracy. Ambassadeur 2020 de Firebag MTL M.Legris a participé au défi Gratte-ciel 2019 le 1er juin dernier, en béquille.


Cet homme habitué aux semaines de 65 heures doit maintenant se déplacer en béquille puisqu'un de ses pieds ne répond plus. Sa douleur constante (42) est telle qu'elle dépasse celle d'un accouchement sur l'échelle de douleur de McGill.


Une conversation avec Michel Legris, c'est un foudroyant sentiment de résilience. Chaque histoire est plus percutante que la dernière.


"Le 1er accident m'ayant marqué comme pompier, dans mes premières années : Une semi-remorque avec un 40’ d’hydrogène, fait un face à face avec une autre semi-remorque contenant du bois. Je vois le siège du conducteur. Je sais qu’il est là, assis dans les flammes. Je vois de mes yeux le gras couler en gouttes brunes, comme celle d’un hamburger. Je sens l’odeur comme un steak qui cuit sur le BBQ. J’ai sorti ce steak trop cuit du camion, il ne restait pas grand-chose sur ses os, tant il était calciné. J’ai dit à ma femme "je ne veux plus de viande pour les jours qui suivent." L’odeur me ramène à ce père de famille. Dans le temps un pompier ne parlait pas de ça. On est trop fort, pour ces émotions-là. Encore aujourd’hui, à écrire ça, j’ai les yeux qui coulent."


Le 3 avril 2013, deux explosions surviennent au-dessus du four #8 à l'aciérie :

"J'ai toujours de la misère à parler de ma survie des 2 explosions en 2013, t'as aucune idée de la force que ça a d'être projeté dans les airs dans la fumée noir... J'ai dissocié du physique pour sortir de là, mais les images restent." "Je me parle à l’intérieur, suis-je tout seul là-dedans? Il est impossible de parler, ou crier sans air." "Cette fumée noire n’a pas lâché prise, elle vient chez moi, dans mon sommeil."


©Firebag MTL

Le 1er octobre 2014 15 h 25, un incendie majeur survient au Rona à Sorel-Tracy, une alerte générale, s'ajoute la ville de St-Aimé et Contrecœur :

« En m’approchant vers le bâtiment, j’accroche un lieutenant tout près, pour lui demander de me surveiller et surveiller le mur. Sans indice, le mur s’effondre.


Mon pied est coincé, et je ne peux me dégager. Je frappe de la main droite sur le sol pour que tous voient bien que je suis pris. J'essaie de faire du bruit pour qu'on me retrouve, moi je ne vois rien, tout est noir, pourtant tous me voient. Je retire mon facial et je cris ça brûle, ça fait mal, (dans ma tête je me dis, c’est à mon tour de brûler).


Puis six pompiers sur l’adrénaline, ont réussi à soulever le bloc de 20 pieds de long. Une fois aux soins intensifs, j’ai su que j’ai 3 fractures au pied droit, 2 brûlures, (seulement une au 3ème degré) 4 points de sutures sur le bout du pied, et une ouverture au côté intérieur du pied qui est impossible à coudre, car le pied a éclaté et est devenu un ballon de foot.


On me dit, une jeune infirmière voudrait te voir : "Je vous dois à vous autres les pompiers, vous êtes des héros, je suis devenu infirmière pour aider la population moi aussi, tout comme vous. (...) Moi pis mon chum, on roulait en pickup, pis on a manqué la courbe. On a foncé sur la maison, pis le feu a pris."


Plusieurs années auparavant, M.Legris se trouve sur un appel très difficile, situé presque au même endroit que le semi-remorque d'hydrogène, des années auparavant :


Un pickup fonce dans une maison, et prend feu. Le conducteur a les jambes coincées, sa blonde essaie de le sortir et elle panique. La maison s'enflamme. La police sort la jeune femme du pickup up, la met à l’arrière de l’auto-patrouille et essaie ensuite de sortir le conducteur, rien à faire, le conducteur hurle. Les flammes pénètrent dans la cabine du pick-up. À mon arrivé, le policier frappe à coup de poings sur ma porte. Me crie : ‘’Il y a un gars là-dedans’’.


Je ne vois que des flammes et ce à la grandeur du cab, il est trop tard. Je vois la terreur dans le visage du policier. On me place entre le camion à arroser la maison... la scène pour moi se répète, presque à la même adresse...


Je dis à cette jeune infirmière : ‘’arrête là’’. Je lui prends les mains, je lui dis ‘’ne parle plus, je connais l’histoire, j’étais là, ton chum a brûlé. J’ai vue de mes yeux’’.


J’ai pleuré avec elle. Elle me dit : "Un héros, un pompier, ça pleure pas, c’est fort...".

Je lui réponds : ’’Je suis humain tout comme toi, ça me rente dedans moi aussi." »


C'est difficile sur le moral, sur l'orgueil, d'admettre qu'on est blessé : ’’Je ne voulais pas que mes confrères de travail, me voient vaincu, faible… ’’.


Une des deux personnes dont je vous parlerai dans mon prochain article dit : "De pas être capable de me lever de mon lit, c'est une claque!".


Julie.

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