• Sana

De l'autre côté du bureau

Mis à jour : sept. 5

J'ai toujours su que je serais intervenante. Toujours su que mon métier serait d'aider les autres à traverser leurs tempêtes.


Est-ce parce que j'ai grandi avec une mère ayant des diagnostics de santé mentale? Sûrement. Ceci explique cela. Une histoire inspirante qui m'amène à me dire que moi aussi, je veux faire une différence dans la vie des gens maganés par la vie.


Je fais donc mon bout de chemin, je fais mon DEC en travail social. Mon diplôme en poche, je commence à cumuler les expériences dans le domaine. Jusqu'à décrocher, en 2017, mon premier emploi temps plein : Intervenante jeunesse en milieu d'hébergement avec des adolescentes. Les défis sont grands, je grandis comme intervenante à tous les jours. J'adore mon emploi. Il faut savoir que mon emploi n'est pas un 35 heures par semaine régulier : il y a une crise, tu restes plus longtemps. Une de tes jeunes a un rendez-vous, tu prends de ton temps et tu l'accompagnes. En 2018, on m'assigne un dossier, qui, avec le temps, se révèle complexe et demandant, tant pour l'intervenante que pour l'humaine que je suis. Peu après le début de 2019 survient un événement grave impliquant la jeune, moi, ainsi que des policiers/paramédics. Suite à l'événement, je craque.


Crises de larmes à répétition, flashbacks de l'événement, insomnie, incapacité à fonctionner... Mes collègues et mon conjoint sonnent l'alarme : je dois en parler à mon employeur et à mon médecin. Je suis mise en arrêt de travail et les diagnostics tombent : Stress post-traumatique et trouble d'adaptation. Ah oui, en plus de mon grand ami le trouble d'anxiété généralisé, qui était bien contrôlé, mais qui, maintenant, est aux commandes. On me prescrit de la médication pour dormir, on augmente mon antidépresseur, je suis en attente pour débuter une psychothérapie, on me réfère en psychiatrie pour une évaluation... Minute papillon!!


C'est parce que moi, je suis une professionnelle de la relation d'aide. Je suis capable de m'arranger toute seule. J'ai déjà accepté d'être en arrêt de travail, c'est pas assez...?


Je vous annonce en primeur que non, ce n'est pas assez.


La professionnelle, elle a explosé ce soir-là. Elle n'existe plus. Tout ce qu'il en reste, c'est des miettes, pis de la souffrance. Un tsunami de souffrance. Dans ce tsunami se mêlent des émotions, des flashbacks, des diagnostics, mes repères. Le plus difficile, c'est de ne pas se noyer là-dedans. Parce que c'est si facile de s'éparpiller en essayant de réparer milles choses à la fois. Parce qu'il n'y a pas de mode d'emploi pour se rétablir, même quand tu es formée à aider les autres. Parce que des diagnostics de santé mentale, c'est comme un coup de pelle en plein visage (pour moi). Autant c'est rassurant de mettre un nom sur mon tsunami intérieur, autant ça m'enrage de me retrouver là.


Parce que MOI, je suis censée être de l'autre côté du bureau. Du côté qui conseille, qui encadre, qui aide. Pas du côté qui patauge dans la détresse, qui a de la difficulté à se laver les cheveux et qui a beaucoup de difficulté à accepter ses diagnostics pis sa médication. Parce que j'aurais dû savoir comment me protéger. Parce que je connais les symptômes et les théories pour m'aider à surmonter tout ça. Les parce que, j'en ai des millions pour justifier pourquoi j'hais ça me retrouver de ce côté-là du bureau. Le côté de ceux qui rushent.


Dix mois plus tard, j'ai encore de la misère à accepter ma réalité. Parce que c'est long, parce que je suis tannée que la professionnelle se résume à des miettes qui traînent au sol. Parce qu'avoir aussi mal pendant dix mois, c'est long. Ça a des répercussions partout dans ma vie. La différence entre maintenant et au début, c'est que maintenant, j'ai accepté que ma place actuelle, c'est du côté des maganés. Pis c'est correct.


J'ai le droit d'être maganée. J'ai le droit d'avoir mal. J'ai le droit d'avoir besoin d'aide pis d'avoir besoin de béquilles. Actuellement, malgré ma formation, je n'ai pas les capacités de m'en sortir seule. Ça prendra le temps que ça prendra pour me reconstruire. Après ça, je reconstruirai la professionnelle. Pis pour en arriver à cette conclusion, ça m'a pris du temps. Du temps, pis les bonnes personnes autour de moi. L'acceptation de ma réalité est tellement loin d'être finie, mais chaque jour, j'avance.


À toi qui me lis. Donnes-toi du temps. T'as le droit. C'est correct. Prends le temps. Entoures-toi de gens qui te font du bien et qui te comprennent. Apprends à te comprendre et à te respecter.


Je te souhaite d'être doux envers toi-même,


Sana



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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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