• Mel

De bourreau à amie

J’ai longtemps chéri les moments de solitude. Je prétendais en avoir besoin. Je me croyais bien et en sécurité une fois la porte verrouillée et les rideaux tirés. Mais à bien y penser, loin d’être un moment de ressourcement, mon jardin secret était plutôt ma chambre de torture. Mon lieu à moi pour me faire du mal à l’abri du monde. Ma caverne des secrets, mon passage vers ce côté sombre de moi-même que je voulais dissimuler aux autres à tout prix. Je préférais être seule et pourtant, je faisais tout pour fuir ma propre présence.


Aujourd’hui, je vais mieux. Je ne me fais plus autant souffrir. Mais j’ai du mal encore à être seule. C’est comme si tout ce que je faisais sans témoin ne comptait pas, n’existait pas vraiment. Comme si la valeur de ce temps passé ne prenait vie que par les yeux de quelqu’un d’autre. Et comment expliquer à mon amoureux que j’ai envie d’être seule par moment? Que j’apprends à y prendre goût sainement pour la première fois de ma vie? Moi qui est dépendante affective, je peux comprendre qu’il le vive comme un rejet. Mais si vouloir être seule ne voulait pas systématiquement dire ne pas vouloir être avec lui? Fichue culpabilité de vouloir se choisir en premier une fois de temps en temps, de me prioriser car je sais très bien que je dois considérer cette fragilité qui m’a si souvent fait basculer et perdre l’équilibre.


Voir ce que j’ai gagné plutôt que tout ce que j’ai perdu. C’est mon nouveau mantra. Et aujourd’hui, j’ai gagné du temps de qualité avec une nouvelle amie : moi. C’est quétaine mais c’est ça. J'y ai droit; et si par le fait même, je déplais à quelqu'un, je ne m'en sentirai pas coupable. Je reprendrais alors ma place de bourreau et ce temps est révolu.


J'ai 37 ans je commence à me trouver de plus en plus agréable à côtoyer.



Il était temps.


Mel.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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