• Chloé C.

Confession sur le mensonge

Quelques fois, quand on me critiquait, je me sentais à ce point honteuse que je tentais de réorganiser la vérité. Je modifiais les faits pour amoindrir les reproches. Je camouflais certains angles pour mieux paraître.


Je sais, c’est mal de mentir.

Je manipulais parfois l’authenticité des choses. Je changeais des heures, des jours, des années, des personnes présentes, des actions posées. Je redéfinissais la trame des événements pour mieux me faire briller et empêcher tout blâme. Je désirais à tout prix éviter de piétiner un peu plus mon estime de moi.


J'ai utilisé la tromperie : je comprendrais que tu m’en veuilles.


Je ne m’inventais pas une vie, je trafiquais la mienne pour cacher mes erreurs. Pour me défendre aussi, contre du factuel que je ne tenais pas à révéler. Si quelqu’un s’avançait et regardait de trop près, ma seule arme, c’était l’éloigner le plus possible de ce que je souhaitais dissimuler. J’optais alors pour le plausible, pas pour le réel.


J'ai manipulé ta confiance : tu aurais le droit de me tourner le dos.


Pour ne pas risquer de perdre des gens autour de moi, même ceux dont je n'étais pas très proche, je simulais les bases d’un futur idéal. Il ne s’agissait pas seulement de feindre de peser X livres de moins, de se rajeunir de quelques années, de se prétendre occupé pour ne pas participer à un sondage ou d’affirmer qu’il y a du trafic pour excuser un retard au travail. Non, il s’agissait de dire oui quand la réponse était non par peur d’être rejetée. De tout mettre en œuvre pour éviter de s'avouer responsable d’une erreur. D’omettre - toujours omettre - de parler si cela pouvait être incriminant. Et « faire comme si » trop souvent.



Je ne t’ai jamais promis l’honnêteté : on l’a tenue pour acquise. La plupart du temps, j'ai été celle que j'ai prétendu. Je me suis éclipsée quelques fois derrière un personnage: rester tout le temps moi-même à cent pour cent générait trop d’angoisses. Enfiler une identité tronquée me soulageait. Je préférais ça à te permettre de voir ce que j’observais, ce que je jugeais, ce qui me répugnais et qui me décevais trop souvent : moi, dans son entièreté.


Je voulais te laisser le beau, le bon, le drôle. J’espérais t’épargner le pas correct, le mauvais, l’horrible. Je ne parviens plus à rattraper la distance créée par mon histoire édulcorée.


Je ne sais pas si je me sens prête à passer aux aveux, à te raconter mon existence sans hiatus. Je reconnais que j’ai la « chienne », mais je n’en peux plus d’une vie trouée, rafistolée par un tissu de dissimulations. Et surtout, j’ignore par où commencer.


Je rêvais à plus de franchise pour une meilleure cohésion entre mes valeurs et moi-même. Démolir mes mensonges et ne plus en utiliser d'autres a demandé un bon exercice mental : ça a exigé de l’entrainement. Je sais que j’aurai peur de nouveau, que je faillirai parfois, mais devenir plus honnête et transparente m'a permis d’émerger comme personne, d’enfin me reconnaître un droit d’exister telle quelle. C’est aussi une magnifique réconciliation avec soi-même, un beau cadeau à s’offrir.


Si je débutais en te disant, en toute sincérité, que je suis désolée et que je te demande pardon, accepterais-tu quand même de me croire ?


Chloé C.

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