• Lily

Cette voix qui n'est pas mienne

Mis à jour : juil. 22

La dysphorie, c’est tellement de petites choses. Parfois on n’y pense pas, mais on peut dire ou faire quelque chose qui peut déclencher une crise chez quelqu’un qui doit vivre avec ça. Malheureusement, ça m’arrive souvent. Et pourtant je fais mon gros possible pour éliminer tous les éléments qui pourrait le causer de ma vie, mais ça m’est impossible parce que je suis née dans un corps qui n’est pas le mien, ou du moins pas totalement.


Dans mon travail, tout se fait par téléphone. Je parle à mes clients au téléphone, à mes collègues. Et je travail très fort pour féminiser ma voix autant que possible. Je suis même un programme pour changer l’intonation de ma voix. J’utilise un diminutif pour mon nom lorsque je parle à mes clients anglophones car mon prénom est très francophone. Et pourtant, malgré tout ça, mes clients me demandent presque toujours de répéter mon nom. Et c’est là que mon cerveau part dans le doute et la tristesse. La dysphorie embarque. Je me dis qu’ils doivent sûrement penser parler à un homme mais son confus par mon prénom, donc me demande de répéter parce qu’ils sont certains d’avoir mal compris. Ce n’est peut-être même pas le cas dans le fond! Mais c’est ce scénario qui se joue dans ma tête, chaque fois.

Quand je parle à des gens face à face, je m’organise pour avoir une apparence la plus féminine possible pour contrecarrer cette « défaillance » que j’ai. Je me dis qu’ainsi, les gens n’auront pas autant de doutes. Et encore là, parfois, j’ai cette même inquiétude qui embarque. Est-ce que le ton de ma voix est assez féminin? Il faut que je ralentisse mon débit, je parle trop vite. Et là j’aperçois ce que je pense être de la confusion dans le regard des gens, alors je me dis « Ah! Ça y’est, ils doivent se demander si je suis une femme ou un homme. Je passe pas. Ils doivent se dire regarde le weirdo qui se prend pour une femme! ». Pis tsé, dans le fond là, ce n’est probablement rien de tout ça! Mais à ces moments-là, je doute de moi et je deviens irrationnelle. Et là, je tombe dans une spirale de négativité. Pis là je remets pleins de choses en question.


Il existe des chirurgies pour les cordes vocales, c’est clair. Mais pour plusieurs raisons, je ne compte pas poursuivre cette option, malgré toute la dysphorie que ma voix peut me causer. Selon les infos que j’ai eues, c’est relativement risquer pour le peu de bénéfices que ça apporte. Ensuite, je ne pourrais pas parler pendant plusieurs jours après, ce qui me rendrais complètement dingue! Ceux qui me connaisse savent très bien que je n’arrête pas de parler! Et puis, c’est aussi une chirurgie qui n’est pas couverte par mes assurances, ni privée ni publique.


Donc entre-temps, j’économise pour voir une orthophoniste spécialisée qui pourra m’aider à pousser plus loin la féminisation de ma voix. J’essaie de ne pas trop laisser ma voix me causer de détresse, mais ce n’est pas facile tous les jours. Pour revenir à ce que je disais, des choses que beaucoup prennent pour acquis, pour moi, peuvent me blessée. Mais soyez sans crainte, je ne blâme personne d’autre que la vie, car ce n’est pas de leurs faute si j’ai cette voix!


Lily.

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