• unetempetealafois

C'est l'histoire d'un gars ...


Ce texte est inspiré d'enfants qui collaient au mur de leur chambre une photo de leur mère décédée (ou plutôt qui s'est suicidée).


J'étais aussi cet enfant qui serrait la photo de son papa à ses funérailles. Je lui avais déposé dans sa tombe un joli dessin d'une maison avec des nuages et des anges. J'avais 6 ans. La seule différence est qu'il ne s'était pas suicidé.


Il est mort sur le divan du salon, aux alentours de 20h. Je venais d'aller me coucher avec ma soeur d'un an mon aîné. Comme tous les enfants ou presque, je finis par me relever pour aller aux toilettes. J'aperçois mon père qui, selon moi, fait dodo. Je lui dis "bonne nuit", mais je n'ai pas de réponse. Je vais plus près de lui pour le chatouiller, car à ce moment, je crois naïvement qu'il joue avec moi. Je me dis que, dans quelque secondes, après que je lui aie tiré l'oreille, il va me faire le saut.


Mais non, rien. Bizarre.


Je me souviens de détails extrêmement difficiles à écrire et à lire, je vais vous épargner. Le détail à retenir est le suivant : Aucun être humain, peu importe l'âge, ne devrait vivre ça.


Nous somme restés près de 18h, ma soeur et moi, avec notre père décédé, à se demander quoi faire. Je me souviens que nous avions peur que "le tueur" revienne. Dans nos têtes d'enfants, c'était ça, la raison de sa mort.


Au bout de 18h, le téléphone sonne. C'est la gardienne. Elle comprend assez rapidement qu'elle doit s'en venir immédiatement. À son arrivée, elle constate que mon père est bien mort et appelle immédiatement la police.


La suite déboule. Une mère toxicomane et un père décédé = DPJ.


De famille en famille, au centre d'accueil pour terminer en foyer de groupe. La vie rêvée, non?



À 9 ans, ma mère me laisse un message sur mon répondeur me disant qu'une fois de plus, elle tentait de s'enlever la vie. Je suis arrivé à temps pour appeler l'ambulance. Ils l'ont sauvée.


Et moi, maintenant. Pas plus tard que l'an dernier, je me suis retrouvé à la rue, ou presque, avec une énorme détresse psychologique. J'étais en train de tout perdre et de tout détruire autour de moi. J'ai demandé de l'aide. Je suis allé au centre psychiatrie de Rawdon, car je n'en pouvais plus d'endurer ce mal, je songeais à mettre fin à cette souffrance définitivement. Ils m'ont proposé de prendre un rendez-vous 2 semaines plus tard. Je suis tombé sur mes genoux en pleurant.


J'avais honte et je me sentais désemparé. Je suis ressorti de là avec la certitude que c'était terminé pour moi. À ce moment là, dans ma tête, j'avais tout essayé pour recevoir de l'aide. 2 semaines d'attente, à ce moment là, me semblait comme 10 ans. Et 10 ans, c'était impossible à endurer dans l'état où j'étais.


Je suis allé m'asseoir sur un pont à Rawdon. J'ai pleuré, pleuré, pleuré, crié, crié, crié. J'ai écrit des lettres à mes enfants, mon ex, ma mère et ma soeur. J'étais complètement vidé, prêt à passer de l'autre côté juste pour arrêter cette souffrance.


Cette nuit là, un camionneur m'a aperçu et il m'a littéralement sauvé la vie. Il s'est arrêté et est venu s'asseoir à mes côtés. Il m'a parlé de tout et de rien : de ses voyages en Californie, de sa vie à lui bref. Il m'a demandé d'appeler quelqu'un ce soir-là pour m'amener à l'hôpital. Ce que j'ai fait.


Je me suis retrouvé en psychiatrie à l'hôpital et on m'a finalement aidé. J'ai reçu plusieurs diagnostics, dont un trouble de la personnalité limite sévère, un TDAH, un syndrome de choc post traumatique et un trouble de la personnalité paranoïaque.


Le chemin est long, très long. Mais je suis encore là. Je vais aller mieux. Je veux aller mieux. Je prends les bons moments quand ils passent au lieu de broyer du noir. Je prends le peu de joie de vivre quand il se présente et je garde la tête haute.


J'ai écrit ce texte le 25 novembre 2019 dernier.

Aujourd'hui je le relis, le 27 octobre 2020. Presque 1 an de passé et je vais toujours mieux.



Merci

-SombreRenard- 

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