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Bonjour maman

Bonjour maman, quoi que je ne sais pas si j’ai encore le droit de t’appeler comme cela, si tu le souhaite encore. Depuis notre dernière conversation téléphonique, en novembre, c’est silence radio. En janvier, j’ai pris mon courage à 2 mains pour t’envoyer un petit courriel, pour prendre de tes nouvelles et avec arrière-pensée de peut-être rétablir le contact, mais toujours silence. Je dois te dire que je ne comprends pas ce silence. Je ne comprends pas ce que j’ai fait de mal. Qu’est- ce que j’ai fait pour mériter ce rejet? Maman, j’étais et je suis malade. Je souffre de trouble de l’humeur et de dépression. Je n’ai pas choisi de vivre avec cette condition, comme un diabétique, un cardiaque, un asthmatique doit vivre avec la sienne. Moi je dois composer avec ma maladie mentale. Je souffre depuis déjà un bon bout et sache que je fais des efforts surhumains pour tenter d’avoir un semblant de vie normale et pour mieux me comprendre. Vivre au quotidien avec un maladie mentale, c’est constamment vivre dans des montagnes russes avec un bandeau sur les yeux. Tu ne vois pas venir la prochaine descente ou la prochaine montée qui arrive. Tu dois composer avec lorsque tu la ressens, apprendre à mieux gérer tes émotions, tes réactions, tes paroles, tes pensée. Un vrai défi quotidien.

Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à toi. J’essaie de comprendre, par ton silence, qu’est-ce que tu essaies de me dire et je dois t’avouer que je n’y comprends rien. Maman j’avais, j’ai et j’aurai besoin d’aide et de soutien pour vivre avec mon trouble. J’ai l’impression que tu as pris nos dernières conversations comme des reproches, ce qui n’en était vraiment pas. C’était une demande à l’aide, un cri du désespoir…. J’étais tellement mal en dedans de moi. Dans ma tête, c’était le chaos. Je ne me comprenais plus. Je survivais dans ma tempête intérieure. Je cherchais à comprendre pourquoi j’étais comme ça. J’essayais de trouver ce qui me détruisait à petit feu depuis longtemps.


J’avais tellement mal que j’ai pensé mourir. Mourir pour arrêter de souffrir, pour éteindre ma peine, mon désespoir, mon sentiment de rejet, d’abandon qui m’envahissait dès que j’ouvrais les yeux le matin et qui me hantait jusqu’au couché. Quand dans ta vie, tu ne te sens jamais à ta place, que tu te sens toujours de trop, tu te remets toujours en question et ça, ça te joue dans tête. En novembre, lorsque je t’ai crié à l’aide et que tu as fermé la porte, je me suis sentie abandonnée, comme si je n’en valais pas la peine, comme si je n’avais pas d’importance pour toi, comme si j’étais le boulet de ta première vie et que tu décidais de couper la chaîne qui nous unissait. Et je dois te dire que ça m’a fait vraiment mal.


J’ai eu la chance d’avoir sur mon chemin des anges gardiens qui m’ont tendu la main. Ils m’ont accompagné et soutenu au courant des derniers mois. Entre Noël et le Jour de l’an, je me suis présenté à l’urgence parce que je n’étais plus capable de vivre comme ça. Malgré le suivi avec mon médecin, ma travailleuse sociale et l’augmentation de ma médication, mon état se dégradait à vitesse grand V. Plus capable de subvenir à mes besoins de base et encore moins à ceux de mes enfants. J’étais plus qu’au bout du rouleau. J’ai attendu 11 heures à l’urgence pour rencontrer un urgentologue qui m’a écouté et qui a compris la détresse que je vivais. Il m’a fait rencontrer une psychiatre de garde. Avec elle, j’ai parlé, elle m’a écouté et m’a proposé des

pistes de réflexion. On a abordé ensemble plusieurs sujets, dont la maternité et le deuil du parent souhaité. Depuis, j’ai fait un bout de chemin dans ma tête. J’ai sevré ma première médication et j’en ai commencé une autre qui m’aide beaucoup. J’ai encore de la route à faire, mais je vais vers l’avant. Mes blessures ne sont pas encore complètement refermées, mais j’essaie d’en prendre soin du mieux que je peux et j’espère un jour une guérison, une cicatrisation.


J’ai aujourd’hui conscience que mes 2 parents ont fait de leur mieux avec le bagage de vie qu’ils ont reçu et surtout qu’ils l’ont fait avec amour. J’ai aussi conscience que, même à 30 ans, j’ai encore besoin d’eux et que toute ma vie je vais avoir besoin d’eux. Un jour, ils se sont aimés et je suis né. Mes parents sont mes racines, mon ancrage. Je n’en veux à personne. La vie est ainsi et on ne peut pas changer le passé. Par contre, je sais que nous pouvons être soit acteur ou soit spectateur de notre vie présente. Je souhaite seulement qu’on m’accepte et qu’on m’aime comme je suis avec mon hypersensibilité, mon trouble de l’humeur.


-Anonyme

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