• Sana

Avoir le droit de trébucher

Mis à jour : sept. 5

J'ai affirmé dans mon dernier article que j'allais mieux. C'est vrai, la majorité du temps. Mon humeur est globalement plus stable, j'accomplis plus de choses, j'ai retrouvé ma capacité à accomplir des tâches ménagères. Cependant, je demeure avec le sentiment constant que quelque chose est brisé. Que mon humeur stable n'est qu'un masque fragile pour camoufler les blessures.


C'est difficile, lorsqu'on affirme qu'on va mieux, d'accepter une passe plus difficile.


Et, en ce moment, j'ai les deux pieds dans une passe difficile. Beaucoup de changements se profilent pour moi et s'enchaînent, m'obligeant à m'adapter rapidement pour garder le cap. L'avalanche de changements et de responsabilités qui déferlent actuellement dans ma vie fait vaciller mes acquis, mes progrès si durement atteints.


C'est difficile de l'accepter, de se sentir sur une pente aussi glissante, d'avoir si peur de trébucher, puisque trébucher peut signifier retomber aussi bas qu'on était. Je suis la première à affirmer que le rétablissement n'est pas linéaire et que c'est correct d'avoir des moments plus difficiles. Très honnêtement, je crois que je répète cette phrase aussi souvent pour me convaincre moi-même. Les professionnels autour de moi me disent souvent cette phrase et, sincèrement, elle fait beaucoup de sens.


Cependant, pour la personne trop exigeante envers moi que je suis, c'est difficile à intégrer. Je suis lasse d'avoir mal, d'avoir des symptômes, d'être anxieuse, d'être désorganisée. Je suis lasse d'arrêter de manger quand ma vie dérape de son cadre réglé au quart de tour. Lasse d'avoir un besoin maladif de contrôler mon environnement pour me sentir un minimum en sécurité. Je comprends maintenant d'où tout ça vient, grâce à mon cheminement en thérapie. Je ne serai jamais assez reconnaissante envers mon traumatisme de m'amener à faire tout ce travail sur moi (oui, tu as bien lu).


N'en demeure pas moins que ma santé mentale m'épuise. J'ai envie de retrouver ma solidité, d'être capable de vivre les aléas de la vie, qui sont parfois rapides, sans perdre des bouts de moi au passage. Je sais que les choses vont continuer d'aller en s'améliorant, car un coup cette avalanche passée, devant moi se dressera un océan de calme. J'aurai alors tout le luxe pour me déposer et, enfin, me mettre comme seule et unique priorité.


Ensuite, il me restera le long processus de me redéfinir. J'ai envie d'explorer de nombreuses possibilités, de découvrir. Il est certain que le futur sera plus brillant que mon présent et que mon passé. Ne reste qu'à me rendre jusque là en tentant tant bien que mal de me contenir.


J'aime être porteuse d'espoir dans mes textes. Aujourd'hui, j'ai voulu te laisser voir, cher lecteur, l'autre côté de moi. Le côté de moi qui vit avec ses diagnostics à tous les jours. Le côté de moi qui a des journées difficiles et qui est fatiguée.


Parce que, sais-tu, ça passe aussi par là, la prévention de la santé mentale. Ce n'est pas juste de beaux messages porteurs d'espoir. C'est d'accepter, pour soi et pour les autres, que tout n'est pas toujours rose. C'est de se permettre d'être fatigué et que ça ira mieux demain, pis que c'est ben correct de même.


Comme dirait notre ami Charles Patenaude, le gazon est pas plus vert avant qu'on l'aille vendu à la peau de l'ours.


Prend soin de toi et donne-toi de la douceur, qui que tu sois.


Sana



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