• Chloé C.

Avant de dire un mot, est-ce que je peux te donner un conseil ?

Pour la journée où mon soleil cesse de briller. Pour celle où je vais mal, parce que tout tourne à l’envers. Pour le moment où l’angoisse atteint des sommets et où je sombre dans la ritournelle de mes pensées négatives. S’il te plait, peux-tu éviter de me tapoter le dos en déclarant : « rien n’arrive pour rien » ? Cette toute petite phrase de rien du tout dite avec la meilleure des bienveillances, je l’entends comme si ce que je vis renfermerait un sens alors que présentement, je n’en discerne aucun. Je me sens simplement coupable de ressentir des émotions un peu poches sans pouvoir les ordonner pour y repérer quoique ce soit. À la place, j’aimerais tant que tu me dises que la détresse, ça arrive, que je ne suis pas obligée d’y comprendre quelque chose et que c’est ben correct comme ça.


Ce jour-là, s’il te plait, ne me dis pas non plus que « le temps arrange les choses ». J’ai appris que c’est faux. Le temps ne résout pas les problèmes. Au mieux, il permet de prendre du recul, de mettre de l’espace entre la situation, les émotions pénibles et moi. Mais en fin de compte, la seule personne qui peut agir pour changer quelque chose à mes difficultés c’est moi, pas une accumulation de minutes. Pour l’instant, passons un moment ensemble : les heures servent à ça et c’est ta présence que je requiers tant.



Je dois t’avouer que « tout finit toujours par passer » m’écorche aussi les oreilles. L’impression m’habite alors que ce que je vis est minimisé, banal, négligeable. Quand je souffre, ma douleur constelle mon univers : elle m’importe beaucoup. « T’as le droit d’aller mal » me permettrait beaucoup plus de me sentir valide.


À bien y penser, « Regarde le bon côté des choses » ne me plait pas non plus. Dans mes oreilles, ça sonne comme « Arrête d’être si négative ». Je sais que je devrais positiver davantage, mais quand je bascule dans mon mode sombre, je n’accède plus à cette partie de moi. J’aimerais me sentir légitime de vivre en noir, l’espace d’un moment. Je ressens un besoin impérieux que tu me consoles en reconnaissant que ce j’éprouve représente toute une épreuve.


Tu peux oser un « ne t’en fais pas, il y a pire que ça dans le monde », mais les chances atteignent des plafonds que j’arrête de parler, tétanisée par la culpabilité. Il y aura toujours plus pénibles, comme il y aura toujours meilleures situations. Mais me comparer aux autres, malheureusement, ne diminue pas ma douleur. Celle-ci reste inchangée. Seulement, un goût amer inonde ma bouche : devrais-je vraiment mieux m’en sortir en prenant conscience que d’autres souffrent plus que moi ?

Eh non, ces énoncés ne forment pas les seuls qui me chamboulent plus qu’ils ne m’encouragent. Tous les lister constituerait un exploit. Avec toutes ces phrases à éviter, peut-être penses-tu que me parler équivaut à marcher sur un champ de mines. Peut-être as-tu un peu raison. Quand je bascule vers le pôle négatif, m’en sortir relève du défi. Heureusement, je peux aujourd’hui te confier mes secrets infaillibles pour m’aider à m’aider. D'abord, je veux te rassurer : ta seule présence crée toujours une différence. Même quand on reste muets toi et moi. Un silence habité vaut mieux parfois que bien des paroles. Donc, non, on n’est pas obligé de parler. Je préfère que tu me serres dans tes bras. Une sincère accolade pour que j’assimile que tu te trouves avec moi pour vrai. Aussi, ça me soulage qu’on pleure ensemble si l’envie nous en prend. Si tu tiens absolument à me rassurer avec des mots, j’aime que tu cherches à connaître comment je me sens et que tu reconnaisses l’existence de mes émotions sans jugement.


Ça semble compliqué tout ça, mais, en définitive, je souhaite juste savoir que j’ai le droit de vivre une passe difficile et que t’es là pour moi. Peu importe. Aussi simple que ça.



Chloé C.

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