• Chloé C.

Arrêt de travail


Des fois, je parais le coup en parlant à mon boss quelque temps à l’avance en sachant que ma santé mentale s’étiolait, d’autres fois, c’était impossible me retrouvant à l’urgence sans que j’aie pu prévoir quoi que ce soit. La vie m’arrêtait. J’aimais mieux me dire ça que de me couvrir de reproches en me rappelant que si ma carrière se suspendait un moment, c’était forcément que j’avais encore une fois adopté des comportements nuisibles à ma santé physique et mentale. En fait, peut-être que l’option deux me traversait l’esprit régulièrement. C’était faux et totalement injuste. Mes descentes en enfer, si j’avais possédé tout le contrôle voulu pour m’empêcher d’y sombrer, je l’aurais saisi au passage. Bien sûr, au fond de moi, la culpabilité gronde facilement et je me tape aisément sur la tête. Alors vaut mieux prendre l’énoncé un : la vie m’arrêtait.


Se mettre en pause constitue un exercice périlleux pour moi. Dans les premiers temps, trop maganée, je me laisse porter par le courant. Que ce soit à l’hôpital ou chez moi, j’essaie de dormir, anesthésiée par cette lourde fatigue psychique et corporelle. Sans y arriver complètement. Je tournoie dans des lits qui ne m’appartiennent pas toujours, je crée des champs de bataille avec les couvertures. Puis, mon esprit capitule et je fraternise avec le marchand de sable.


Quand la fatigue se dissipe un peu, je me retrouve devant le vide, celui que je tentais désespérément de fuir, celui qui n’existe pas quand je travaille. Parce qu’au boulot, je me démène, je m’investis d’arrache-pied, je sens poindre la compétence et ça me galvanise. En coupant avec mon milieu, exit le cadre rassurant du 9h à 17h comblé, la routine bien ancrée, une partie de social (sinon sa totalité), le sentiment d’être utile et par le fait même une vision plus positive de moi-même.


Si interrompre ma vie professionnelle crée certains remous non négligeables, retourner au travail amène également des enjeux importants pour moi. J’angoisse juste à penser recommencer, bien avant que mon retour ne soit programmé. « Que vais-je dire à mes collègues ? » vient en tête de liste. S’en suit le syndrome du « travail blanc », cette fâcheuse impression que je ne saurai plus quoi réaliser comme tâches au boulot. Déferle ensuite l’affolement : « je serai renvoyée, incapable d’accomplir ce qu’on me demandera. Je n’y arriverai tout simplement plus. Je ne suis peut-être pas faite pour travailler ».

On pourrait penser qu’au nombre de fois où j’ai été mise en arrêt et où j'ai dû reprendre mon poste, je parviendrais à me rassurer un tant soit peu sur le sujet. Mais non, chaque fois, la vieille cassette repart. Par contre, maintenant, je connais sa durée : elle jouera jusqu’à deux semaines suivant mon retour. Puis, la routine reprendra le dessus et l’angoisse s’estompera. Il ne me reste plus qu’à tolérer ces émotions désagréables, de respirer à fond et de me dire : «la vie m'a arrêtée. J'en ai retiré quelque chose. Maintenant, c'est à moi de lâcher prise et... de travailler.»

Chloé C.

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