• Laurie

Apparemment que les TPL sont chiants

Je suis sexologue de formation. J'ai travaillé pour un organisme œuvrant en santé sexuelle. Nous intervenions avec des humains qui se questionnaient sur leur orientation ou leur identité sexuelle. Et comme une situation n'en exclut pas une autre, certains de ces humains souffraient également d'un Trouble de la Personnalité Limite. À cette époque, je ne savais même pas que je faisais partie des leurs. En fait, ce diagnostic était du chinois pour moi.


La première fois que ces mots ont résonné dans mon cerveau, ils sortaient de la bouche d'une autre sexologue. Sur notre heure de dîner, elle se vidait le cœur. «Les maudits TPL, pu capable!», «Peu importe ce que tu leur dis, y'ont toujours le dernier mot pour te contredire» et «C'est la pire affaire au monde, ça, un TPL!». Innocente de ma situation, ça ne m'a pas affectée du tout. Je me souviens avoir trouvé ça déplacé comme commentaire, mais en bonne intervenante, j'avais compris que les TPL la challengeaient, et qu'elle trouvait ça difficile de se remettre en question comme ça.


Des années plus tard, je revis une situation semblable, mais cette fois, ma réaction est complètement différente. J'ai une amie infirmière qui est allée travailler en psychiatrie pour une courte durée. Dès son premier jour de travail, elle me revient en me disant : «Ohh que les TPL, vous n'êtes pas aimés par le personnel!» Et cette fois-ci, ça m'a fait mal. Parce que je fais effectivement partie de cette gang et que je l'assume totalement. J'ai répondu quelque chose du genre «Je sais, ce n'est pas la première fois que j'entends ce genre de commentaire de la bouche des professionnels». Et je n'en ai pas fait de cas. Après tout, mon amie ne faisait que me rapporter ce qu'elle avait entendu. Je n'étais quand même pour déverser ma colère sur elle. Mais encore quelques jours plus tard, ça me trotte dans la tête, ça m'attriste.


Je le sais qu'on peut être lourd par moment. Je le sais qu'on ne te rend pas toujours la tâche facile. Mais s'il te plaît, nomme les choses correctement. Parce qu'on n'est peut-être pas toujours agréable, mais on reste des êtres humains à part entière. Et sache qu'on a tous déjà été ou sommes encore présentement une personne toxique pour une autre. Que tu sois TPL ou non, il t'es sûrement déjà arrivé de donner du fil à retordre à quelqu'un. Diagnostic (quel qu'il soit) ou non, ta personnalité a sûrement déjà dérangé quelqu'un au point où il n'a pas vraiment de bons mots à dire sur toi. Et pourtant, ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.


À titre de professionnel de la santé, tu as le droit d'avoir plus de difficulté à dealer avec certaines clientèles. En fait, c'est juste normal. Le contraire serait étonnant. La beauté de la chose, c'est que parfois, tu peux faire une pré-sélection avant d'entamer des rencontres avec des gens. Et si tu prenais la décision de refuser toutes personnes ayant un TPL parce que ça fait partie de tes limites et que tu sens qu'au final, tu ne serais pas d'une bonne aide, c'est aussi ton choix et ce serait une sage décision.


Mais ça ne te donne pas le droit de nous insulter. Voici ce que tu peux dire à notre sujet :

«J'ai de la difficulté à «sizer» les TPL»

«Je me sens au bout de mes ressources quand j'aide un TPL»

«Je ne me sens pas à l'aise à intervenir auprès d'une personne TPL»


Bref, parle au «je». Pis rappelle-toi que tes propos peuvent toujours être entendus ou rapportés.


Laurie

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