• Marie-Kristine Hamel Zth. - La bête à outils

Ancrage

Mon souffle n'est qu'une saccade hachurée par un torrent de sanglots. J’ai l’impression de courir depuis des heures sans même avoir bougé d’un centimètre. Mon cœur cogne, cogne, cogne contre mes côtes, tentant d'échapper à l'oppression. Des spasmes convulsifs ont pris possession de mes mains. Mes pensées défilent à cent à l’heure et mon cerveau, engourdi par toute cette frénésie, est incapable de capter ne serait-ce que le un centième du cauchemar. J'entends un bourdonnement incessant. Plus j'essaie de l'ignorer, plus il s'intensifie. Calmer le torrent, la tempête, le déluge : c'est peine perdue. Mais d'où vient donc tout ce bruit?! Mon cœur ne s’arrête pas. Il cogne de plus en plus fort, sans relâche. À ce rythme, il devrait bientôt lâcher. C'est ça! Je fais une crise cardiaque. Il faut que j’appelle l'ambulance. Mon téléphone est juste là. Mes mains ne bougent pas et ne répondent plus même si les tremblements ont cessé. Encore tout ce bruit qui m’empêche de rester concentrée. À quoi pensais-je il y a un instant? Vite, ça va trop vite! Qu’on ralentisse!


Une douleur me vrille de plein fouet et je me replie sur moi-même. J’ai une bombe là où mon estomac devrait se trouver. Prête à exploser. BAM! BAM! BAM! Encore ce cœur qui fait des siennes. Pourquoi toute cette douleur? Qu’est-ce qui se passe? J’ouvre les yeux, mais plus rien n’est net. Rien que des ombres et des lumières qui s’enchevêtrent et s’enlacent comme des vieilles amies. Je ne sens plus mes mains. Ni mes pieds d’ailleurs. Que les fourmis. Elles montent, montent et montent sur mes jambes.

Tout est noir. Je vais perdre connaissance. Et je suis toute seule. Personne ne va me trouver avant des heures. Je devrais appeler quelqu'un... On oublie ce projet, car on va certainement me prendre pour une folle.

La douleur est toujours là. Elle s'entête, s'acharne et s'enchaîne à moi comme un boulet à son prisonnier. J’ai mal. Ma conscience me supplie d’arrêter le massacre, d’en finir. Incapable de supporter cette souffrance une seconde de plus. J'ai peur... Si peur que ça ne s'arrête jamais. Je ferme les yeux et les ouvre à nouveau. Tout est toujours flou, sauf une chose. Les couteaux sont là, droit devant, bien nets.

Deux entités débattent dans ma tête. L’une ressemble à un ange et l’autre à un démon. Je les entends se disputer, mais je n’arrive pas à comprendre ce qu’ils disent. Le bruit assourdit tout. Je crie, je hurle, je beugle à tue-tête: Arrêtez! Je vous en prie, laissez-moi! Chassez toutes ces pensées noires de ma tête. Prenez-les! Emportez-les! Laissez-moi retourner au sommeil. Je ferme les yeux à nouveau. Les deux entités sont parties. Elles sont disparues.

Je sens quelque chose de chaud sur ma main. Chaud et mouillé. Je rouvre les yeux. Une ombre floue est là et me regarde. J’entends une plainte. L’ombre gémit. La netteté revient et je vois à nouveau. Et je réalise. Ma chienne est là. Elle me lèche. Donne un petit coup sur ma main, du bout de son museau. Si froid. Si réconfortant.


Le calme est revenu. La tempête est passée. Je suis exténuée. Mais tellement en vie.


-Marie.



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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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