• Sana

Accepter le trouble alimentaire

Mis à jour : sept. 5

Peut-être l'avez-vous vu passer dans vos réseaux sociaux, peut-être pas. Du 1e au 7 février 2020, c'était la semaine de sensibilisation sur les troubles de la conduite alimentaire (TCA). Cette semaine est quelque peu passée sous silence, arrivant en même temps que la semaine annuelle de prévention du suicide.


Vous commencez sûrement à me connaître quelque peu. Vous ne serez sûrement pas surpris d'apprendre que l'intervenante en moi a voulu partager à mes proches que, la semaine dernière, il fallait parler encore plus qu'à l'habitude du fait que la société nous met une pression énorme sur le dos : soit le plus mince et fit possible, c'est ça, la santé!


Nous sommes bombardés de mannequins, hommes ou femmes, retouchés de toutes parts, touchés eux-mêmes par des TCA ou qui regardent leurs photos dans les magazines sans se reconnaître. Bombardés par des tonnes de produits miracles ou de régimes de toutes sortes qui nous feront avoir une silhouette de rêve sans efforts, sans égard non plus aux effets nocifs sur nos corps. Nos jeunes, et nos maintenant moins jeunes, grandissent avec cette image du corps. Ne leur demandons pas de penser autrement : quand une personne d'importance tente d'avoir une pratique à contre-courant, la critique ne se gêne pas pour lui trouver milles et un défauts.


(Attention : il y a de plus en plus d'entreprises inclusives et je veux vraiment le saluer. Ce n'est simplement pas le but de mon texte d'aujourd'hui. Tu comprendras plus tard, cher lecteur.)


De plus, j'ai eu des dossiers, dans mon emploi, de jeunes filles aux prises avec un TCA très sévère. Sévère genre ''je crains pour ta vie ma belle fille''. Une autre raison pour laquelle c'est une problématique de santé mentale qui me touche beaucoup. Je veux qu'on en parle, autant entre humains (pour s'aimer plus), qu'en tant que société (pour éventuellement régler des choses).


Bon. Ce fut tout un préambule pour me préparer mentalement à ce qui suit. Es-tu prêt, cher lecteur, à ce que je te dise finalement ma vérité?


Moi, je suis pas certaine d'être prête. Mais si je crie haut et fort qu'il faut en parler, ben, parlons-en.


Quelques temps après mon diagnostic de stress post-traumatique, on m'a diagnostiqué un trouble alimentaire non spécifié. Ça, ça veut dire que je ne rempli pas tous les critères d'une maladie en particulier (les plus connus étant l'anorexie ou la boulimie), mais que j'ai des comportements d'un peu des deux. Comprends-moi bien : je ne suis pas psychiatre. Mon explication n'explique pas tous les TCA non spécifiés de l'univers, seulement le mien.


Je ne pensais jamais écrire ici sur mon TCA. Je pense que j'en ai honte. J'en ai honte parce que je ne suis pas un cas si grave. Je ne suis pas de celles qui sera un jour hospitalisée pour ça (je crois, je ne prédis pas le futur). J'ai honte, parce que j'ai laissé la nourriture contrôler ma vie, alors que j'étais celle qui expliquait à une ado comment gagner son combat contre le TCA. J'étais celle qui inventait des outils des plus créatifs pour l'aider et la soutenir... Pour me ramasser en thérapie en psychiatrie pour la même maudite affaire.


En plus de la honte du diagnostic, il y a tous les tabous liés aux TCA. Je n'ai pas envie de parler de ma souffrance liée à la nourriture et à mon poids. Il est déjà assez difficile pour moi de me sentir comprise quand je parle de mon stress post-traumatique, imaginez si j'ajoute en plus que, parfois (souvent), si j'ingère de la nourriture, je me sens comme si je pesais soudainement 600 lbs?


Comment tu l'expliques, cette souffrance-là? Comment tu expliques que ton corps c'est ton ennemi? Qu'avoir faim ça te fait peur? Que tu es plus confortable quand ton corps te crie famine depuis des heures que quand tu as mangé? Qu'il y a des jours où tu réussis à peu manger dans la journée, mais que ta médication trigger ton appétit alors tu reprends toutes tes calories le soir ? (pis là, je mets la faute sur ma médic, mon infirmière serait pas contente. Quand on mange presque rien durant la journée, c'est normal d'avoir vraiiiiiiiiment faim le soir.) Que ces moments-là, c'est tes pires moments parce que là, faut que tu décides ce que tu fais avec la bouffe dans ton corps : tu tolères l'inconfort ou pas?


Encore une fois, je ne suis vraiment pas la personne la plus atteinte ; mais ma souffrance est réelle. Au début, j'étais convaincue que mon TCA venait de l'événement traumatique que j'ai vécu. Plus j'y pense, plus je me dis que j'ai toujours eu des signes de fragilité. Ça veut dire que je vais devoir vivre avec ça toute ma vie. Pour moi, je pense que la nourriture est oui, une forme de contrôle, mais aussi une façon de me faire mal. Des fois quand la souffrance dans mon cœur est trop grande pour être tolérée et que je ne sais plus comment gérer toutes ces émotions, ça ressort en comportements alimentaires. C'est une façon pour moi, inconsciente en grande partie, de transmettre à mon corps toute la haine que je ressens pour lui et à quel point je ne suis pas fière de moi.


Il ne faut pas être le plus grand des psychologues ou des psychiatres pour remarquer que, quand je vais très mal, je fais des rechutes. Parce que oui, je suis rendue au points où je fais des rechutes de trouble alimentaire. Tu m'aurais dis ça il y a quelques années, j'aurais pas été très gentille avec toi. Sauf que c'est devenu ma réalité et malheureusement, je n'ai pas d'autres choix que de me le rentrer dans la tête et de l'accepter. Ce n'est pas un diagnostic qui va partir en criant ''CISEAUX'' (même si j'aimerais beaucoup). Je dois identifier ce qui me rend fragile aux rechutes pour éviter d'en faire et travailler très fort.


Je ne suis pas stabilisée. Presqu'un an plus tard, je peux dire que je recommence tranquillement à me comprendre au niveau alimentaire. Je vais y arriver, mais ça prendra toute une vie pour maintenir un équilibre.


J'ai décidé d'écrire ce texte dans l'espoir d'avoir un peu moins honte et, peut-être, d'accepter un peu plus mon diagnostic. Disons ma condition, considérant qu'elle marchera à mes côtés ma vie durant.


Je terminerai ce texte avec un proverbe d'inspiration Charles-Patenaudienne,

C'est un petit pas pour ma santé mentale et un grand pas pour.... pour... La peau de l'ours.


Prends soin de toi cher lecteur,


Sana.

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