• Christina

À fleur de peau

Mis à jour : juil. 22

Ces temps-ci, je me sens comme une grosse éponge. Je « gobe » absolument tout de mon environnement : les différentes « vibes » de chacun m’affectent, les foules et les espaces restreints m’étouffent, les sons bruyants et répétitifs m’agressent et même certaines odeurs me perturbent. Je ne suis pas capable de faire abstraction de tout ce qui se passe autour de moi. Tout cela m’envahit complètement. Tel un comédien, je change constamment et subitement de rôles plusieurs fois par jour. Ouf!!! C’est déstabilisant et épuisant. Ces sensations en moi sont encore plus exacerbées ces derniers temps. Probablement dû au fait que j’ai complètement cessé, selon les recommandations de mon psychiatre, mes antidépresseurs que je prenais depuis presque 10 ans.


Je me suis alors rappelé à quel point j’étais HYPERSENSIBLE quand j’étais plus jeune… Le simple fait d’écouter des émissions de télévision pouvait, et peut encore aujourd’hui, grandement me perturber. La pire fois où cela m’est arrivé c’était à l’adolescence lorsque j’ai écouté avec mes chums de filles une émission de Janette Bertrand sur le viol. Ça m’avait tellement atteint profondément dans mes tripes que j’ai confondu ma propre réalité. J’ai tellement réagi fort suite à ce visionnement que j’ai longtemps douté que ça me soit déjà arrivé (mais non, ne vous inquiétez pas).


Malheureusement à l’époque, on ne m’a jamais appris à « dealer » avec cette caractéristique. J’étais souvent dépassée par les situations banales de la vie et un rien pouvait m’ébranler (je suis encore comme ça d’ailleurs aujourd’hui). Je pleurais des heures le soir seule dans ma chambre la porte fermée afin de décompresser d’une journée « banale » pour la plupart des gens, mais qui pour moi s’est sentie « agressée » par tout plein de stimulations extérieures. Tout roulait beaucoup trop vite pour moi. J’étais épuisée…à 16 ans. Premier diagnostic de dépression. On n’a pas écouté mon corps. On n’a pas poussé plus loin le diagnostic et cherché à trouver des solutions concrètes dans mon quotidien afin que j’aille mieux. On a préféré me « bourrer » d’antidépresseurs. Solution facile et à peu de frais pour la société. « Toi, tu gobes ça! » Comme ça, tu ressentiras moins les choses, tu redeviendras « fonctionnelle » et tu pourras continuer à faire rouler l’économie. C’est hyper violent quand je lis ça et que je constate que ça m’est arrivé à moi et à plein d’autres personnes hypersensibles. Le « on » étant notre système de santé.


Toujours est-il qu’on m’a prescrit à 2 reprises dans ma vie des antidépresseurs dans le but de «geler» cette sensibilité. Au lieu de tout simplement m’apprendre à vivre avec. Je me retrouve donc à 41 ans à la case départ. Je suis toujours HYPERSENSIBLE et encore souffrante par ce trait de caractère. Malheureusement, je n’ai pas encore trouvé les bonnes ressources pouvant m’aider à transformer cette souffrance en atout. Comment « m’endurcir » comme disent les autres quand pour moi une situation x me fait pleurer.


Je constate également qu’il est difficile pour moi de mettre mes limites dans une société où la performance, la résistance et la rapidité sont particulièrement ancrées et valorisées chez les gens. Déjà dans mon milieu de travail, il va être de plus en plus difficile de maintenir mon 80% de travail. Quand pour moi, une simple pause d’une journée en solitaire, sans trop de stimulations extérieures, me permet de me ressourcer intérieurement et recharger mes batteries. Et d’être «fonctionnelle» pour la société.


Je me souhaite en terminant, mais aussi à notre société, un regard bienveillant sur les différences de chacun, qu’on soit hypersensible, TDAH ou autres. On aurait tous avantage à tenir compte des besoins de tous afin de profiter pleinement et positivement de nos différentes caractéristiques. Au lieu de nous bourrer de médicaments….car visiblement, actuellement ça ne fonctionne pas!


Christina.

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